‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 186 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

gue, et qu'ils en reparleraient à son retour de Como.

Après cela, que pouvait faire Mazarin? Dans sa dépêche au cardinal Barberini, il ne dissimule ni sa douleur ni son embarras. S'il eût été au service de France, sa conduite eût été fort simple : il n'avait qu'à remonter à cheval , à retourner dire à son gouvernement que toutes les négociations étaient et seraient inutiles, et à demander, puisqu'il était militaire, qu'on le renvoyât au delà des Alpes à la tête d'un 'régiment ou d'une compagnie. Mais si Mazarin comptait déjà beaucoup avec la France par une sorte de sympathie naturelle et de pressentiment de l'avenir, il était au service du Saint-Siège, et l'ordre donné à la légation pontificale était de travailler à la paix en dépit de tous les obstacles, et de poursuivre les moindres chances qu'elle pouvait offrir encore à la patience et à l'habileté. Il ne restait donc à Mazarin qu'à remplir jusqu'au bout la tâche ingrate qui lui était imposée et à se rendre auprès de Collalto.

Avant de partir , il écrivit deux lettres, le 11 et le 12 juillet, au cardinal Bagni pour lui rendre compte de ce qui se passait et le prier de faire bien comprendre au roi et à Richelieu l'impossibilité où il était de revenir à Saint-Jean-de- Maurienne dans le court délai qu'il avait cru

lui pouvoir suffire. Et reconnaissez ici la marque assurée de l'homme vraiment né pour les affaires : au milieu de ses embarras et de ses soucis personnels, au lieu de ne songer qu'à lui-même et à T apologie de sa conduite, Mazarin pense pardessus tout à la grande affaire dont il est chargé, et il n'oublie rien de ce qui peut la faire réussir. Plus il sent la paix lui échapper, plus il s'efforce de la retenir, et s'étudie à écarter tout ce qui pourrait la compromettre. Tandis que, dans ses dépêches à son ministre, le cardinal Barberini, auquel il doit toute la vérité, il peint la situation telle qu'elle est, il en présente à Bagni un tableau un peu différent : il adoucit, sans les dissimuler tout à fait, les difficultés qu'il a rencontrées, sachant bien que ses lettres seront communiquées à Richelieu et que l'espérance de la paix peut seule en soutenir le désir dans l'âme de laitier cardinal1. Aussi attribue-t-il la nécessité du retard qu'il annonce au seul éloignement de Collalto; il s'applique à faire valoir la bonne volonté du duc de Savoie, et il ne dit pas un mot des incertitudes de Spinola. Sur sa demande, le duc de Savoie a envoyé au général autrichien une personne qui va lui porter l'assurance que Son Altesse est très-sa-

1 Les deux lettres de Mazarin à Bagni ayant été communiquées à Richelieu, se retrouvent encore parmi les papiers du cardinal, Archives des affaires étrangères, Turin, t. H, f. 446 et 495.

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