‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 188 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

sieurs fois avec une assurance qui devait ôter toute inquiétude à Richelieu. Mais il n'en est point ainsi de Mantoue. La place ne se défend que par sa position; la garnison italienne de Charles de Gonzague doit être comptée pour rien ; Mantoue sera prise dès qu'elle sera vigoureusement attaquée, et elle Test, car Collalto en a confié le siège à Aldringer, officier très-habile1. Mantoue en est au pis, et on ne peut la secourir qu'avec la paix. Je vous parle, dit Mazarin , comme si j'étais devant Dieu. Votre Éminence peut communiquer cette lettre dans le plus grand secret au cardinal de Richelieu, qui peut-être en verra bientôt plus que je n'en dis*.

Ces dépêches écrites, et après avoir épuisé en faveur de la paix toutes les précautions qu'aurait pu inventer la prudence du plus vieux diplomate, Mazarin quitta, le 12 juillet5, le camp de Spinola et se transporta auprès du général autrichien. Mais les événements, qu'en vain il avait

Agosto... e defendendosi Toiras à palma à palma valorosamente. » 1 Archives des ail. élrang., t. II, f. 446, 12 juillet : • Essendo TAldringher un accortissimo soldato. »

8 Ibid. « Mantova stà in peggio, et, à mio parère, per meglio riconosciuto, S. Maestà non puô soccorrere questa piazza con altro che con la pace. E le parlo corne se fossi avanti a Dio, e potrà V. S. 111.. con quella segretezza che richiede negotio di tanta importanza, communicar questa mia al Sign. card. di Richelieu, che con effetto trovarà forse davantaggio di quello che dico. »

3 Dépêche au cardinal Barberini, du 12 juillet ; «M'incaminerô subito per Como. »

tenté de conjurer, éclataient derrière lui, et il arriva à Como avec le bruit de la tempête qui se déchaînait sur l'Italie.

Richelieu avait eu plus d'un motif pour se résigner aux nouvelles conditions de paix dont Mazarin était porteur. 11 ne se dissimulait point le danger de l'intrigue qui se formait autour de la reine mère. Sans doute, quelques années auparavant, il avait rencontré, vaincu, détruit un autre complot, qui avait à sa tête le frère du roi, que peut-être Anne d'Autriche n'ignorait pas, que favorisait de ses vœux secrets le premier prince du sang, que connaissait et devait appuyer le comte de Soissons , qui pouvait certainement compter sur deux fils de Henri IV, le duc et le grand prieur de Vendôme, et sur bien d'autres gentilshommes du plus haut rang, parmi lesquels Henri de Talleyrand, comte de Ghalais, qui donna son nom à la conspiration et paya pour tous1. Mais alors, contre cette ligue, si redoutable qu'elle fût, Richelieu avait le roi, que lui donnait la reine mère, et le roi, c'était tout en France, s'il y avait quelqu'un pour faire usage de ce nom irrésistible. Ici, le roi chancelait entre sa mère et son ministre, et le mimistre n'osait entreprendre d'enlever le fils à la

1 Voyez Madame de Chevreuse, chap. m, et Y Appendice.

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mère et de le gouverner seul. Luynes l'avait pu quelque temps, grâce au charme d'une première et jeune affection; mais Richelieu savait bien qu'au fond louis XIII ne l'aimait point, et il ne se croyait pas encore en état de se passer auprès de lui de la puissante protection de Marie de Médicis. 11 la cultivait donc avec le plus grand soin, à l'aida de toutes les condescendances que son ambition imposait à son orgueil. Il s'appliquait par- dessus tout à montrer à la reine mère que de sacrifices il faisait à la paix et au désir de lui complaire.' Ces sacrifices étaient grands, sans doute, mais après tout, dans le nouveau projet de traité qu'allait négocier Mazarin , et que Marie de Médicis elle-même, ainsi que le garde des sceaux Marillac, avait approuvé, la France gardait Pignerol au moins provisoirement, et cette place répondait ou pouvait tenir lieu de tout le reste. Les Français ne devaient la quitter que le jour où les Impériaux et les Espagnols exécuteraient le traité de Monçon et quitteraient de leur côté la Valteline: d'ici là, il pouvait arriver bien des choses, et le cardinal ne désespérait pas d'amener, avec le temps, le duc de Savoie à lui céder Pignerol au moyen d'échanges ou de dédommagements avantageux. Le pénétrant Mazarin avait discerné cette arrière-pensée au fond du cœur de Richelieu, en le voyant dans

leur conférence rejeter tout arrangement qui lui enlevait immédiatement ce poste précieux1.

D'ailleurs, en même temps qu'il envoyait Màzarin renouveler ses négociations pacifiques, le cardinal se préparait sans bruit à la guerre. 11 avait promis que le roi ni lui ne franchiraient pas les Alpes avant le retour du chargé d'affaires pontifical ; mais il était bien convenu que l'armée d'Italie recevrait les renforts nécessaires. Richelieu avait donc fait venir à Saiilt-Jean-de-Maurienne le duc de Montmorenci qui partageait avec le maréchal de la Force le commandement de cette armée ; et là, pendant qu'il faisait de la diplomatie avec Mazarin, il avait discuté et arrêté avec Montmorenci, Schomberg et d'Effiat les opérations militaires qu'on entreprendrait dès que les renforts attendus seraient arrivés. Le maréchal de la Force était un officier solide et expérimenté, sans avoir le génie du commandement; Montmorenci était hardi, mais sa prudence n'égalait pas sa bravoure ; Richelieu leur

1 Dépêche de Mazarin du 10 juillet : « Si mostrô TEm. S. aliéna dallassicurarsi con altro eue con il peste ; e perché questo capitolato di Hbnzone è un attacco certo dà far la guerra, sempre che si voglia, m' è entrato, non senza qualche fondamento, un sospetto che il cardinale possa haver mira di addokire con un poco di tempo il Sr Duca di Savoia, et a forza di promesse e permute avantaggiose, con il pretesto che dà Spagnuoli non si. fosse adempilo il promesso, farsi concedere il passo di Pinerolo. Questo pensiero non è fondato in aria. »

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