‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 189 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

adjoignit d'Effiat, dont la capacité lui était tout autrement sûre ; et le jour même où partait Mazarifl, Montmorenci et d'Effiat s'avancèrent à travers le mont Cenis.

De sages instructions traçaient à nos gêné* raux la conduite qu'ils devaient tenir. Leur premier objet était d'opérer leur jonction le plutôt possible* Pour cela le maréchal de la Force devait se porter de Pignerol à Chiavenne, et Montmorenci et d'Effiat marcher à sa rencontre par Suse, Saint-Joire et Saint-Ambroise. La jonction opérée, l'armée française cherchera l'ennemi et lui offrira la, bataille; car on ne peut rien faire de grand si on n'est absolument maître de la campagne et si on n'a des vivres en abondance. Une fois dans le cœur du Piémont, on verra ce qui se peut faire; on ne peut le dire d'avance. Secourir Casai serait le mieux, et ce parti est préférable à tout autre, s'il a dés chances de succès; sinon, on continuera de fortifier Pignerol et on s'établira sur la ligne du Pô. Le seul ordre qui de loin se puisse donner, c'est d'occuper toujours l'armée à quelque entreprise qui la tienne en haleine et accroisse notre influence l.

•Archives des affaires étrangères, Turin, t. II, f. 362 : • In* structions pour Messieurs les lieutenants-généraux qui commande* ront les armées du roi en Italie, 3 juillet 1630. »

Montmorenci etd'Effiat, ayant passé le 6 juillet le montCenis, atteignirent et franchirent rapidement Suse, s'emparèrent du château de Saint- Joire, et le 8 juillet ils étaient à Saint-Ambroise. 11 n'y avait guère plus dune lieue de Saint -Ambroise à Chiavenne, où était déjà arrivé le maréchal de la Force. Les Français avaient dix 'ou douze mille hommes1, excellents sol-

1 Richelieu, t. VI, p. 170 : « On s'a vança à Saint- Ambroise avec six mille hommes, cinq cents chevaux, et deux pièces de canon qu'on fit sortir de Suse. » Ce chiffre de six mille hommes est-il exact ? Le Mercure françois ne donne aucun nombre , pas plus que le maréchal du Plessis-Praslin, dans ses Mémoires, t. LYIIde la collection Petitot. Mais, outre ces trois relations imprimées, nous avons trouvé aux archives des affaires étrangères, Turin, *t. H, six relations manuscrites et autographes que Richelieu a connues et sur lesquelles il a vraisemblablement composé la sienne : ce sont celles de Montmorenci, de d'Effiat, de l'archevêque de Bordeaux, de l'ingénieur d'Argencourt, de Tubeuf, intendant des finances, qui accompagnait d'Effiat son ministre, et de plus une relation anonyme. Ces relations répandent les lumières les plus abondantes sur toutes les parties de l'affaire ; mais elles se 'tairait ou sont obscures et toujours très-peu d'accord sur les chiffres. La plus véridique est celle de rin tendant-général Tubeuf que le comte de Maure fut chargé de porter au roi ; or elle dit : « Toute notre armée composée environ de dix ou douze mille hommes de pied et six cents cheveaux. » Et Tubeuf entre dans ces détails positifs : « Les premières troupes qui passèrent étoient au nombre tY environ huit mille hommes de pied et quatre cents chevaux... l'arrière-garde ne pou voit faire plus de trois millehommes de pied et deux cents chevaux ; • ce qui fait bien le total d'environ douze mille hommes. Ailleurs en effet Richelieu donne ce même chiffre, dans une très-belle lettre adressée à Toiras, de Saint- Jean-de-Maurienne le 6 août, Archives des affaires

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dais1, commandés par des officiers d'élite, tels que le comte de Cramail, petit-fils de Montluc; Rochepot, comte du Fargis ; le comte de Maure, cadet du marquis de Mortemart; le comte de Coligny-Saligny, père d'un des plus braves officiers de Condé; Sourdis, archevêque de Bordeaux ; la Ferlé Seneterre, depuis maréchal de France ; et, avec euxt d'Argencourt, le plus habile ingénieur du temps, le Vauban de la première partie du dix septième siècle. Le duc de Savoie disposait de forces bien supérieures. Outre ses Savoyards et ses Piémontais, il avait obtenu de Spinola six mille hommes d'infanterie, la plupart vieux soldats espagnols,

étrangères, Turin, t. II, f. 364 : il lui rappelle « qu'il lui a écrit il y a longtemps comme on avoit fait passer douze mille hommes el douze cents chevaux pour fortifier l'armée d'Italie. » On avait bien pu laisser quelques troupes à Suse pour mieux assurer celte importante position; mais en arrivant à Saint-Ambroise, l'armée devait être encore bien plus considérable que ne le dit Richelieu dans ses Mémoires; et une preuve à nos yeux décisive, c'est que le cardinal porte à quatre mille hommes la fameuse arrière-garde, qui certes ne pouvait pas faire les deux tiers de l'armée, puisque la relation si précise de d'Argencourt ne lui donne que trois régiments d'infaflterie, tandis que l'avantgarde et le centre en avaient cinq, les Liégeois, les Suisses, Janson, La Meilleraie et Champagne. Nous pensons donc que si nous avions sous les yeux le manuscrit des Mémoires de Richelieu, nous pourrions bien y lire dix ou douze mille hommes au lieu de six.

1 Archives des affaires étrangères, Turin, t. U, d'Effiat à Richelieu, le 8 juillet : • ...Je vous dirai que l'armée est composée de fort bons hommes et qui ont envie de bien faire. • Il ajoute

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et Collai to lui avait donné sept à huit mille Allemands, envoyés par Walstein. Charles-Emmanuel était ainsi à la tète de vingt-huit mille hommes de pied et de cinq mille chevaux \ et il en avait mis une bonne partie dans Veillane sous le commandement de son fils, le prince de Piémont.

Le 9 juillet, on tint conseil à Saint-Ambroise. Le maréchal de la Force s'y rendit. Il s'agissait de savoir si on remonterait par la route de Turin jusqu'à Rivoli pour aller par derrière Veillane chercher Chiavenne, ou si on prendrait à droite un chemin de traverse qui était beaucoup plus court, mais qui passait devant Veillane et menait à Chiavenne par des défilés étroits et montagneux. L'ardent désir d' accomplir le plus tôt possible la réunion des deux armées fit choisir ce dernier parti. Il eut au moins fallu que sur le chemin où Ton allait s'engager, particulièrement à l'endroit qui n'était qu'à cent pas de Veillane, on élevât quelques retranchements capables découvrir un peu nos t poupes et de contenir celles de la place. Un officier de la Force, qui n'était encore que colonel, mais qui devait devenir un

avec une loyauté et une générosité qui l'honorent lui-même : t M. de Montmorency les anime autant qu'il peut et n'oublie rien à leur persuader leur devoir. »

* Richelieu, t. VI, p. 159 et 160

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