CHAPITRE HUITIÈME
éminent maréchal, du Plessis-Praslin, étant venu fairç visite au duc de Montmorenci, remarqua, en descendant de la montagne de Chiavenne, de grands mouvements dans la garnison de Veillane, et il avertit Montmorenci et d'Effiat qu'ils seraient infailliblement attaqués dans leur marche. Le duc de Montmorenci, qui était de semaine et commandait, ne tint aucun compte de cet avis l. La Force donna le conseil de faire partir les bagages et le gros de l'armée avant le jour, en sorte que l'endroit périlleux de la route fût passé quand le jour viendrait et amènerait l'ennemi. Le conseil était bon; il ne fut pas suivi. Le 10 juillet, il était déjà grand jour quattd l'armée française s'ébranla. Les bagages partirent vers six heures du matin, et à neuf heures seulement défila l'avantgarde * et ensuite le centre, qu'on appelait alors la
1 H nous faut bien citer cette triste phrase de du Plessis- Praslin, Mémoires ci -dessus mentionnés, p. 153 et 154 : « Le duc de Montmorency, qui ne vouloit pas que le marquis d'Effiat, pour qui il avoit beaucoup de jalousie, pût croire qu'il eût la moindre considération pour les ennemis, par une présomption extraordinaire, qui lui étoit naturelle; ne fil que rire de ce que lui dit le comte du Plessis. Mais.il faillit bien de s'en repentir... /»
* Le Mercure françois, 1 630, p. 637 : « Le maréchal de la Force leur dit qu'il étoit d'avis qu'ils fissent partir leurs bagages la nuit, afin qu'il pussent commencer à filer dès la pointe du jour... Cela étant résolu ne fut pas néanmoins exécuté, les crieries des capitaines ayant emporté le duc de Montmorency ; de sorte que leurs bagages ne commencèrent à filer qu'à six heures du matin, ce qui fut cause que les gens de guerre ne commencèrent à mar-
bataille. Il était une heure ou deux après midi1 que le dernier régiment du centre, le régirent de Champagne, achevait à peine de passer. 11 restait dans la plaine à peu près trois mille hommes de pied et deux cents chevaux \ Les ennemis, jusque-là immobiles derrière leurs murailles, jugèrent le moment venu; ils sortirent tout à coup de Veillane, et, se formant rapidement en bataillons et en escadrons, enveloppèrent notre arrière-garde dans le dessein bien conçu et avec l'espérance presque certaine de la couperet de l'écraser. Ils étaient six ou huit mille hommes de pied et plus de mille chevaux % divisés en trois corps : le premier tourna sur Saint- Ambroise pour nous fermer toute retraite; le
cher qu'à onze heures. » La relation de Tubeuf dit que le défilé des troupes commença « sur les neuf heures du matin. »
1 La Mercure françoû et la Relation de Tubeuf.
* Richelieu, t. VI, p. 174, dit que cette arrière-garde comptait quatre mille hommes effectifs et une poignée de chevaux ; mais Tubeuf assure qu'elle ne pouvait faire plus de trois mille hommes de pied et deux cents chevaux ; et il ajoute que l'infanterie ennemie était deux fois plus forte que la nôtre. Le Mercure françoû : « Il n'y avoit plus à passer que deux mille hommes de pied et trois cents chevaux, pressés de tout côté. •
3 Richelieu, ibid. p. 174 : «Les ennemis formèrent promptement trois bataillons d'environ trois mille hommes chacun, lesquels étoient soutenus de plus de douze cents chevaux en trois escadrons. • Le Mercure françois, p. 639 : « six mille hommes de pied et douze cents chevaux. • DEffiat et Tubeuf de même. L'archevêque de Bordeaux : « Les ennemis avoient formé deux bataillons, chacun d'environ trois mille hommes- avec leurs