‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 191 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

second se porta au pied de la montagne qui conduit à Chiavenne, sur les derrières du centre, pour le tenir en échec; le troisième, que menait le prince de Piémont en personne, s'avança au milieu des deux autres et se jeta sur l'arrièregarde,de toutes parts isolée1. Tout ce que pouvait faire le maréchal de la Force, en bataille devant Chiavenne, était d'envoyer un millier de mousquetaires assister et recevoir ceux qui gravissaient ces pentes escarpées. 1/ arrière-garde ne pouvait donc compter que sur elle-même. Si elle succombait, c'en .était fait de l'armée tout entière et de l'expédition d'Italie ; un seul jour nous enlevait ce qui nous avait coûté tant de temps et tant de sang, non-seulement Casai, mais Suse, mais Pignerol, et bientôt toute la Savoie; Richelieu était perdu, et la France réduite à demander la paix en subissant la loi du vainqueur. Il se jouait donc là, dans ce petit espace, sur ce chemin de traverse de Saint-Ambroise à Veillane et à Chiavenne, le sort de Richelieu et la fortune de la France. Cette poignée d'hommes ne pouvaient se sauver que par des prodiges de valeur : ils les accomplirent; et la bravoure française, enflammée par le pé-

pelotons et petits corps délachés ; lesquels bataillons étoient soutenus chacun de cinq cents à six cents chevaux. » D'Argencourt affirme que les ennemis étaient au nombre de huit mille hommes de pied et mille chevaux.

1 Le Mercure françois et presque toutes les Relations.

ril, triompha du désavantage des lieux, de la supériorité du nombre, de la vieille renommée de l'infanterie espagnole, et de la terreur qui déjà commençait à s'attacher au nom seul de la cavalerie allemande.

Nous ne nous étendrons point sur ce combat célèbre, très-grand par les désastres qu'il prévint, par l'immense et utile éclat qu'il jeta sur nos armes, mais qui, à vrai dire, ne saurait compter dans notre histoire militaire. Il n'y a ici, en effet, et il ne pouvait y avoir aucune combinaison stratégique, et pas même une manœuvre. Disons seulement quelles troupes combattirent, afin de leur rendre l'hommage qui leur est dû : c'étaient les régiments de Picardie, de Normandie, de Rambures, et quatre compagnies des gardes, avec à peine deux cents cavaliers des chevaulégers du Roi, des gendarmes de Monsieur et des gendarmes de Noailles. C'est cette bien peu nombreuse mais héroïque cavalerie qui décida la victoire et qui doit en avoir l'honneur : les jours de l'infanterie française n'étaient pas venus.

L'ennemi , avec ses trois bataillons appuyés d'autant d'escadrons, attaqua larrière-garde en tête, en queue et en flanc, avec un tel ensemble et une telle furie que l'infanterie, qui lui faisait face, se troubla. Le régiment de Picardie

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