‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 192 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

plia; il fallut que son intrépide colonel, le comte déCharost, le soutint en se battant comme un lion1. Le comte de Ram bures, voyant hésiter son régiment, qui avait épuisé toutes ses munitions, ramassa autour de lui ses officiers et quelques soldats et se précipita l'épée à la main ' sur les assaillants. Champagne, le dernier des régiments du centre, qui déjà gravissait la montagne , tournant la tête et voyant s'engager la mêlée, descendit à la hâte, et se fit jour comme il put pour y prendre part8. Ce fut surtout un combat d'officiers. Du Plessis-Praslin, arrivé la reille, et qui servait en volontaire, se trouva partout où l'appelait le danger. Les maréchaux de camp, comtes de Cramai), du Fargis et de Maure, payèrent vaillamment de leur personne, braves soldats, tristes politiques, qui eussent bien mieux fait de continuer à servir loyalement sur les ehamps de bataille le Koi et la France, comme ils le firent en cette mémorable occasion4, au lieu d'égarer leur courage et leur honneur dans des intrigues déplorables. Ce mêmecomte de Maure,

1 C'est l'expression même de d'Effiat dans sa Relation. Du Plessis-Praslin dit aussi : * Lves ennemis avoient déjà assez pressé le régiment de Picardie, et peut-être auroit-il pu balancer, sans la vigueur extraordinaire de Charost qui en étoit mestre de camp. »

• D'Effiat.

5 DArgencourt.

4 Toutes les Relations sont pleines de reloge de leur bravoure.

depuis mêlé à tant d'affaires équivoques et frondeur opiniâtre1, mérita à Veillane d'être choisi pour aller porter au roi les drapeaux autrichiens et espagnols tombés entre nos mains. Mais les deux héros de la journée, à des titres différents, furent sans contredit Montmorenci et d'Effiat. Montmorenci y répara glorieusement ses fautes; d'Effiat y accrut sa réputation. Ils avaient voulu rester l'un et l'autre avec l'arrière-garde, se doutant bien que ce serait là le lieu du péril. Ainsi que nous l'avons dit, dans le commencement l'infanterie française, malgré tous les efforts de ses chefs, avait fléchi. Les deux généraux, se rencontrant sur le champ de bataille, se dirent qu'il fallait vaincre ou périr, et jouer quitte ou double, comme parle Richelieu1. Montmorenci alla se mettre à la tête de notre infanterie ébranlée, que poussait l'infanterie ennemie, beaucoup plus nombreuse et secondée par une forte cavalerie. Il fit tout au monde pour la raffermir et la ranimer. Mais elle allait céder, et courait risque d'être taillée en pièces par la cavalerie prête à fondre sur elle.' Voilà quel fut le premier acte de l'affaire. C'est alors que d'Effiat vit clair dam Vèchiquicr, suivant l'expression de Napoléon : il reconnut que

4 Voyez Madame de Sablé, les derniers chapitres et surtout YAp- . pendice.

• T. VI, p. 176.

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