‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 193 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

le plus pressant danger était dans cette cavalerie; et sur-le-champ, prenant avec lui cinquante ou soixante chevau-légers de la garde du roi, il se précipita sur elle, l'étonna, l'arrêta, la rompit, quoiqu'elle fût composée de cinq à six cents chevaux; puis, se retournant vers notre infanterie, il la trouva dans le plus déplorable état, et Montmorenci engagé dans un bataillon qu'il venait de charger presque seul avec une audace désespérée. D'Effiat se jet le sur ce bataillon et délivre Montmorenci. Voilà le second acte. Le troisième est une suite de succès rapides et continus. Les deux généraux réunis, ralliant toute la gendarmerie française, poussèrent devant eux l'armée ennemie, qui, dans cette retraite meurtrière, essuya de très-grandes pertes, et rentra en désordre, défaite et humiliée, dans la forteresse d'où elle était sortie deux heures auparavant, pleine de confiance et se croyant déjà victorieuse.

Tel est ce combat de Veillane, brièvement retracé dans ses trois parties ', qu'il importait de bien distinguer, pour faire leur juste paît à chacun des deux généraux. Seloii nous, la pre-

1 Ces trois parties sont confondues dans toutes les relations. Le point précis où l'affaire très-compromise fut rétablie par le charge vigoureuse de d'Effiat, n'est bien indiqué que dans la relation de Tubeuf : « Messeigneurs, voyant que c'étoit tout de bon et qu'il falloit vaincre ou périr, prirent chacun parti ; et

mi ère appartient à d'Effiat, qui saisit et emporta le point décisif. Montmorenci , fort médiocre comme général, se couvrit de gloire comme soldat '. Encore une fois, ce n'est pas là une grande opération militaire, mais c'est un très-beau fait d'armes, et Richelieu le célèbre à bon droit dans

Mgr de Montmorency s'en alla prendre la tête de l'infanterie , qui avoit été attaquée si vivement qu'elle commençait déjà à reculer et à tourner tête, sans sa présence qui la retint un peu, mais non si bien que sans le secours de la cavalerie et la grande assistance que rendit Mgr de Montmorency avec quelques volontaires qui le suivoient, ladite infanterie étoit en grand danger d'être entièrement défaite. Ce que recognoissant Mgr le Marquis d'Effiat, et voyant venir la cavalerie ennemie au nombre de 500 chevaux, il prend avec lui 50 ou 60 mestres, et avec cette assistance et celle de quelques autres gentilshommes entre lesquels étoient le comte de Gramail et M. le comte de Maure, il s'en va fondre sur le gros de la cavalerie de l'ennemi, qu'il défait entièrement... et les poursuivit jusque sur leur chaussée, où il rallia ses gens; et de là vint fondre sur un bataillon où Mgr de Montmorency étoit fort engagé, lesquels ensemble le taillèrent en pièces et de là poursuivirent avec tel courage toute l'armée ennemie qu'elle ne trouva aucun secours que la retraite à grands pas. • Nous devons dire que l'archevêque de Bordeaux, dans sa Relation, prétend que l'ordre d'agir ainsi et de faire cette charge fut donné par le duc de Montmorenci, mais ni d'Effiat ni nul autre ne fait mention d'un tel ordre. En tout cas, d'Effiat réussit, et Montmorenci, de l'avis de tous, serait resté dans le bataillon ennemi, s'il n'eût été délivré par d'Effiat.

1 En vérité, on croit rêver quand on lit les récits de la bataille de Veillane dans les historiographes de Montmorenci, tant ces récits ressemblent peu à la vérité. L'auteur de Y Histoire de la vis de Henry, dernier duc de Montmorency, Paris, 1645, m-49, Simon du Cros, ancien serviteur et même un des complices du duc dans la conspiration de 1632, n'aperçoit que Montmorenci sur le champ de bataille de Veillane. 11 n'a aucune idée de l'affaire et de set

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