‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 194 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

celte page triomphale, où il s'applique moins à bien marquer les vicissitudes et le nœud de l'affaire qu'à relever son importance et l'héroïsme des deux vainqueurs.

« Jamais, dit-il , il ne se fit une plus belle action , bien que peut-être jivait-on entrepris ce passage aveemoins de considération qu'il ne falloit. Passer à la tète d'une armée campée dans un retranche-

péripéties. Il prétend que Montmorenci , dans sa modestie, ne voulut pas écrire lui-même la Relation d'une affaire dont il était le héros et qu'il en chargea d'Effiat, lequel se donna à lui-même de grands éloges. Desormeaux, dans son Histoire de la maison de Montmorency, t. III, p. 325, va encore plus loin que du Gros : il attribue à Montmorenci à peu prés tout ce qu'a fait d'Effiat, et ne parle de celui-ci que pour en dire du mal. Selon lui, d'Effiat exhorta Montmorenci à sacrifier les troupes qui avaient déjà passé et à se retirer, conseil que le duc repoussa par un discours héroïque» tandis que Richelieu déclare que Montmorenci prit la résolution de combattre conjointement avec d'Effiat et Cramait, qui êtoient avec lui ; et que le Mercure français fait dire seulement par d'Effiat à son collègue qu'il faut prendre un parti ^ sur quoi Montmorenci, qui avait le commandement ce jour-là, lui ayant répondu qu'il fallait combattre, d'Effiat répliqua que la partie était mal faite, mais qu'il en fallait user comme si elle était bonne : d'où il se peut conclure seulement, au grand honneur de d'Effiat : 1° Qu'il est entièrement étranger à l'imprudence de Montmorenci qui, rejetant les avis de du Plessis-Praslinetde la Force, s'engagea en aveugle dans ce dangereux défilé ; 2° qu'il a sa part dans la résolution qui fat prise, lorsque parut l'ennemi, de jouer la partie telle qu'elle était,- et de vaincre ou de périr. Desormeaux répète aussi ce qu'avait dit du Cros de là prétendue jalousie de d'Effiat envers Montmorenci. Autant de contes faits à plaisir et que démentent toutes les Relations écrites sur le champ de bataille par des témoins et des juges compétents et désintéressés. D'abord, si on en croit du Plessis-Praslin, c'est Montmorenci qui aurait été jaloux de d'Effiat,

ment, par un chemin si difficile et si étroit qu'on n'y pou voit aller qu'à la file deux à deux tout au plus, encore en peu de lieux, c'est une chose dont la difficulté est aisée à connoitre. La prudence requéroit qu'on fit quelques travaux pour se couvrir et assurer ce mauyais passage; mais ce devoir ayant été omis, il ne se pouvoit faire autre chose que ce qui fut résolu par ces Messieurs qui

et nous avons vu que celui-ci, loin de dénigrer le duc dans sa lettre du 8 juillet à Richelieu, relève son zèle et son dévouement. Ensuite il n'est pas vrai que Montmorenci ait négligé d'écrire lui-même ce qu'il avait fait ; il s'en remit pour les détails à d'Effiat, mais, le 10 juillet au soir, il adressa une relation générale à Richelieu, et, pour plus de sûreté, lui récrivit le lendemain. Archives des affaires étrangères, Turin, t. II, f. 429, lettre autographe de Montmorenci à Richelieu, 11 juillet : « Monsieur, je vous escrivis dès ier au soir, mais mon courier a esté pris ou tué. Présentement je vous dirai ce que vous avez déjà sçu, mais succinctement, remettant le menu des choses aux relations de MM. d'Effiat et de Bordeaux. » Suit un récit fort court, avec cette phrase sur luimême : « Vous apprendrez par d'autres que par moi ce que j'ai contribué en cette action, de laquelle je tire ma plus entière satisfaction de celle que vous en recevrez. • Pas un mot sur la conduite de d'Effiat, à moins que, comme nous aimons à le croire, ce ne soit à lui, sous un étrange et inintelligible sobriquet, et non pas à son ami le comte de Cramait, que s'adresse ce qui suit : « Je vous dirai seulement que le bédatier (sic) a fait tout ce que un brave et généreux homme peut faire. Son cheval a été blessé de deux coups et il n'a pas tenu à lui qu'il ne l'ait esté lui-même. » Au reste nous avons la Relation de d'Effiat, et nous pouvons y voir s'il se vante et rabaisse Montmorenci. On en jugera par l'extrait suivant : « Cette occasion (l'attaque des ennemis pour séparer les troupes qui étaient passées de celles qui restaient à filer) nous a obligés, M. de Montmorency et moi qui faisions cette retraite, de prendre conseil de les combattre avec ce petit

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