‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 195 sur 282 · CHAPITRE IHJITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE IHJITIÈME

soutinrent par leur courage ce que la trop grande confiance qu'ils avaient en eux-mêmes leur avoit fait entreprçndre. En l'état présent où Us étoient, il n'y avoit point d'autre conseil à- prendre : il falloit s'exposer à se perdre pour sauver ceux qu'ils comniandoient; c'étoit un coup et de cœur et de tête d'sn user ainsi. Le duc de Montmorency y fit merveille; son ambition le porta jusnombre qui restait. J'ai cru devoir prendre les coureurs, et avec soixante chevaux légers de la garde du roi je suis allé droit à leur cavalerie composée de six cents chevaux qu'un grand fossé

séparoit d'avec nous, lequel nous avons heureusement passé

Et comme je les poursuivons jusque dans leurs retranchements, M. de Montmorency a rallié quelques vingt chevaux, et est allé fondre sur un bataillon de leur infanterie qu'il a taillé en pièces. M. de Montmorency voulant poursuivre les ennemis, il tomba dans un fossé. M. de Soudeilles qui l'avoit toujours suivi s'y trouva si à propos qu'il a mis par terre celui qui vouloit tuer M. de Montmorency. Nous avons été maîtres de la campagne et de la retraite en telle sorte que ce bataillon a perdu tous ses officiers et ses drapeaux, leur cavalerie trois cornettes et leur général, nommé le Prince Doria, que M. de Montmorency a blessé de sa main. Cest une si audacieuse vaillance qu'elle passe le récit .... Pour moi, je n'ai point couru de fortune, n'ayant pas une seule égralignure; mon cheval seulement a eu une mousquetade, un coup de pistolet et quatre coups d'épée si favorables qu'il n'en sera pas estropié. L'action a mérité une relation entière. C'est pourquoi il en a été fait une par un de ceux qui a été à l'occasion avec nous et qui y a fait des merveilles, laquelle M. le comte de More (sic) vous apporte (c'est la relation de Tubeuf). Vous la trouverez toute véritable, comme je crois, bien que je ne l'ayc pas vue. S'il y eût eu quelque chose de douteux, on ne la lui auroil pas donnée à porter, n'étant pas d'humeur à cautionner des faussetés; et aussi il sait trop bien cette action pour lui en faire accroire, ayant toujours /Hé mêlé au

454 LA JEUNESSE DE MAZÀIUiN.

qu'à ce point qu'ayant un cheval plus vif que tous ceux qui le suivoient. il se trouva le premier mêlé dans l'escadron qu'il attaqua, et courut fortune de s!y faire prendre. Il se trouva tout meurtri de coups, et son cheval étant tombé en un fossé qu'il sautoit pour aller attaquer les gens de pied, si celui qui commandoit ses gardes n'eût tué un des ennemis qui vouloit se prévaloir de

devant ou à costé des plus avancés; ce que je dis sans aucune ostentation, protestant devant Dieu qu'un homme, selon mort sens, ne peut mieux tesmoigner sa valeur généreuse, sa trèsvaillante qu prudente conduite. Je suis aussi obligé de louer M. de Saligny, qui* conduisit ses gendarmes, d'avoir fort bien fait, et les chevaux légers de la garde de mesme. M. de la Ferlé et toute sa troupe se battirent extrêmement, et celle de M. de Noailles de mesme. M. du Fargis n'a rien oublié de son costé, fesant combattre l'infanterie qui devoit faire la retraite dont lut et moi avions la conduite. M. de Chnrrault alla Tépéë à la main,

comme un lion Quant à M. de Montmorency, comme fai

desjà dit, la vailla?ice ne saur oit rien proposer quil n'ait fait. Je croirois pécher contre mon devoir si je ne vous priois de tesmoigner au roi que M. le comte de Cramail a fait tout ce que la prudence, vv illance et lidèle affection pouvoient conseiller, ayant percé si avant les ennemis d'abord qu'il a esté démonté, et du depuis y est retourné si chaudement qu il a eu son roquet, ses habits et sa chemise tout percés de coups, et le tout si heuseusement qu'il n'a eu aucune égralignure. C'eust été grand dommage qu'il en eust été autrement, car il sert très dignement le roi avec grande affection et capacité. Je crois que M. de Mont' morency et lui méritent bien quelqites lettres de compliment. Si le roi n'en a le loisir, et que vou6 vouliez bien h s honorer des vostres, ils en seroient ravis, et moi aussi, si je pouvois espérer tant de vcslre bonté que de leur faire cognoistre que je n'ai rien dérobé de leur honneur, puisqu'ils ont désiré que je vous escrivisse la vérité. » On le voit, d'Efilat parle fort peu de lui-même :

Page 1