‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 197 sur 282 · CHAPITRE UU1TIÊME · texte numérisé non relu

CHAPITRE UU1TIÊME

de Piémont et son frère le prince Thomas avaient pris part à l'affaire1. Victor- A médée était à la tête d'un des trois bataillons d'infanterie. Son cheval étant tombé en sautant un fossé, il avait manqué d'être fait prisonnier*. Dix-sept drapeaux restaient entre nos mains, et ces drapeaux appartenaient la plupart au régiment de Galas et à celui de Walstein5 : Ces régimepts si redoutés avaient perdu leur prestige, et celui de la France était plus grand que jamais. Le combat n'avait pas duré deux heures et les Français n'avaient perdu que deux cents soldats tués ou blessés \ Après avoir pris quelques moments de repos sur le champ de bataille, ils continuèrent leur route vers Chiavenne. Ils y arrivèrent à six heures du soir. La jonction désirée s'accomplit sur-le-champ, et, dès le lendemain H juillet, l'armée, sous les trois chefs qui commandaient tour à tour, Montmorenci, d'Effiat et la Force, marcha sur Gumiane, dont elle s'empara, et se répandit dans toute la vallée du Pô. Le prince Thomas sortit de Veillane et nous suivit; mais, averti par la rude leçon qu'il vena i de recevoir, il se tint à distance, côtoyant le Pô

1 D'Effiat el l'archevêque de Bordeaux.

8 Richelieu.

3 Toutes les relations.

4 Item,

et se contentant de surveiller nos mouvements. Nous trouvâmes dans ce riche et beau pays, au milieu du mois de juillet, des blés en abondance, mais aussi un ennemi formidable contre lequel la valeur française ne pouvait rien, la peste. Elle sévissait à Pignerol avec tant de force que la garnison exténuée était incapable de toute entreprise. Pour préserver les troupes de la contagion, on les conduisit dans le comté de Saluées, que la maladie avait encore respecté, et qui jadis, jusqu'au traité de Lyon, avait appartenu à la France. Le 20 juillet \ à la vue et en dépit du prince Thomas, nous entrions dans la ville et la citadelle de Saluées, qui nous devint une nouvelle place d'armes parfaitement salubre, pas trop éloignée de Pignerol et touchant par Goni et le col de Tende à la Méditerranée et à la Provence.

On peut se figurer avec quelle joie Louis XIII et Richelieu apprirent à Saint-Jean-de-Maurienne la victoire de Veillane, l'heureuse jonction opérée à Chiavenne, et les premiers succès qui en avaient été la suite; mais cette joie fut bientôt dissipée par le bruit d'une déplorable catastrophe. Mazarin, dans sa dernière dépêche au cardinal Bagni, l'avait averti dans les termes les plus forts que Mantoue élait près de succomber et que

1 Le Mercure françois, p. 648.

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