CHAPITRE HUITIÈME. M
eut donc beau plaider la cause d'un arrangement pacifique par de très- for tes raisons tirées de l'intérêt même de l'Autriche ; elles échouèrent devant les vues et les desseins de Collalto, qui se borna à répondre que, dans les circonstances présentes, il était plus obligé que jamais de s'entendre avec Spinola et le duc de Savoie; que d'ailleurs il lui était impossible de rien conclure sans avoir de nouvelles instructions de sa cour, qu'il les avait demandées et les attendait. 11 promit seulement de s'avancer le plutôt qu'il pourrait en Piémont pour y avoir la conférence qui lui paraissait nécessaire; il écrivit même à Spinola pour le prier de s'y rendre de son côté, et Mazarin s'empressa de lui porter cette invitation. Le soir de son arrivée au camp sous Casai, il fut témoin de grands feux de joie qui durèrent trois jours entiers en célébration de la prise de Mantoue1. Les assiégeants étaient remplis d'ardeur; ils étaient logés dans la contrescarpe et y construisaient des batteries couvertes; ils travaillaient aussi à des galeries souterraines qui devaient les conduire dans le fossé par où on espérait pénétrer dans la place. Mazarin reconnut
appelé abbé de Préaux, du comle de Bethune et du duc d'Angoulèrne, et qui se termina au traité dTlm, voyez le Mercure françois, 4620, p. 139, elc.
1 Dépêche de Mazarin au cardinal Barberini, sans date, mais qui doit être du 21 ou 22 juillet.
partout l'art consommé du grand ingénieur. Malgré cela, il ne jugea pas les choses aussi avancées qu'on le disait, et lui qui auparavant avait sonné l'alarme sur Mantoue, il ne craignit pas d'assurer que Casai pouvait tenir jusqu'au 10 du mois d'août, grâce au>couragé de la garnison et à l'énergie de son admirable gouverneur. « Toiras, écrit-il, prend sans se troubler toutes les mesures qui conviennent; il dit bien haut qu'arrive ce qui pourra, qu'on vienne ou non à son secours, il se défendra jusqu'au dernier sou* pir1. »
Mazarin pria instamment Spinola de se transporter sans retard en Piémont pour y conférer avecCollallo et le duc de Savoie. Spinola s'y refusa, et il exprima la ferme résolution de ne pas entendre parler de paix avant d'être entré dans Casai. Il pouvait a peine dissimuler la plaie secrète de son cœur : il n'aimait pas Collalto, et l'éclat de la prise de Mantoue le blessait. 11 répétait souvent qu'en vérité il lui enviait ce merveilleux bonheur de réussir dans toutes ses entreprises sans se donner beaucoup de peine. « En un mot, dit Mazarin, Spinola est profondément triste. Il soupçonne Collalto et le duc de Savoie
4 Ibid. « Non Toras lascia di far quello clie conviene, dichiarando che, succéda qualche si voglia, e venga o no il soccorso, egli si difenderà sino air ultimo spirlto. »