‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 201 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

de vouloir l'empêcher, sous divers prétextes, de prendre Casai; il m'a déclaré que rien au monde, pas même l'approche du roi de France avec une armée, ne lui fera lever le siège commencé et qu'il y périra plutôt *. »

Cependant le duc de Savoie avait envoyé le commandeur Passer à Spinola pour lui dire qu'il était sur le point de perdre le reste de ses États, contre la volonté et les ordres formels du roi d'Espagne, et le conjurer de venir sur-le-champ à son secours. Spinola répondit à Passer, en présence de Mazarin, que ce qui arrivait au duc n'était qu'accidents passagers de guerre, et qu'une fois maître de Casai il faisait son affaire de reprendre Saluées et tout le Piémont5. 11 pria Collalto de lui céder un régiment de trois mille hommes que celui-ci envoyait en Piémont, ayant besoin de renforcer son infanterie qui n'allait pas à plus de huit mille soldats; il manifesta même l'intention de rappeler les régiments espagnols qu'il avait prêtés au duc de Savoie. Sa seule pensée était d'avoir Casai entre les mains. Alors il fera la paix aux

1 Dépêche du 25 juillet, du camp sous Casai : « In somma stâ aflliltissimo, dubitando che e dal duca di Savoia e da Collalto si farà sotto differenti pretesli il possibile per impedire f acquisto di questa piazza, dalla quale per nessuno accidente m' ha detto che si le\erà, risoluto di perdervisi piuttosto, con tulto che il Re s' avanzasse. •

* Dépêche du 21 o 22 juillet.

conditions que propose le roi de France; il n'y apportera aucune difficulté, car il sait bien qu'une paix honorable et sûre en Italie avec la* France convient mieux à l'Espagne que les plus brillants succès. Mais il lui faut avant tout Casai. Mazarin venait de recevoir une lettre du cardinal Bagni1 qui contenait d'assez importantes nouvelles. L'alliance de la France avec la Hollande était étroitement resserrée ; le duc de Lorraine, qui avait tant promis d'entrer en Champagne, ne remuait point, et il était surveillé de près; la reine mère était elle-même indignée qu'on ne reçût pas mieux les propositions auxquelles la France se résignait. On faisait de grands préparatifs de guerre, et le cardinal de Richelieu, avec le maréchal de Schomberg, allait passer les Alpes. Mazarin montra cette lettre à Spinola, en y joignant les réflexions qui pouvaient le plus le toucher. Tout ce qu'il obtint fut que Spinola voulut bien revenir à une idée dont il lui avait déjà fait part : on se souvient qu'au lieu d'une suspension d'armes de quelques jours, demandée par le diplomate italien, le général espagnol en avait offert une de vingt jours pendant laquelle on tenterait de faire la paix; après quoi, si la paix n'était pas faite, la France aurait vingt autres

1 Dépêche du 25 juillet : 1 11 signor cardinale Bagni in una cifera a parle m' avvi a che... »

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jours encore pour secourir Casai, à cetle condition que, si dans ce délai la place n'était pas délivrée, Toiras la remettrait à l'Espagne *. Celte proposition, que Mazarin avait d'abord hautement rejetée, lui parut, après la prise de Mantoue, la seule ressource de Casai, menacée du même sort. Ce fut là l'extrême concession, le dernier mot de Spinola. Mazarin se chargea de le porter au duc de Savoie et au roi de France. 11 quitta le carnp le 25 juillet ; il se rendit dans le Montferrat, à Asti, où résidait le nonce Pencirole1, pour lui donner connaissance de l'étal des négociations, et de là il se dirigea vers Moncalieri et Turin, dans l'espoir d'y trouver le duc de Savoie.

Charles-Emmanuel avait voulu faire un der-

nier effort auprès de Spinola; lui-même était allé lui représenter que l'intérêt commun était de s'opposer à l'invasion française, et il l'avait trèsvivement pressé. de venir avec lui faire tête aux lieutenants de Richelieu qui étaient à Saluées, au cœur .même de ses États, et s'apprêtaient à franchir le Pô. 11 n'avait pu persuader l'obstiné général, et il s'en revenait l'âme remplie du plus amer courroux. Mazarin le rencontra près de

« Voyez ci-dessus, page 410.

* Dépêche du 23 juillet : « Paj-lirô dunque subilo, e farô il passaggio per Asti, per dar parle di tutlo a monsignor Panziroli. »

Chieri, déjà souffrant d'un rhume. Cçtte indisposition dissipée, le duc alla rejoindre son quartier général de Saviglian, petite place forte, à six milles de Saluées, d'où il pouvait surveiller les Français. A peine arrivé, le mal le reprit; il se mit au lit, et, après quelques jours d'une fièvre ardente, augmentée par le chagrin, il expira le 26 juillet, à onze heures du matin. Mazarin put le voir encore une fois avant qu'il rendît ledernier soupir ; il assista à son agonie \ On croit que la peste se mêla à sa maladie et la précipita; elle exerçait, en effet, de violents ravages autour de lui» Deux denses serviteurs, qui l'avaient soigné dès qu'il s'était mis au lit, étaient morts de la contagion, et on trouva son corps un peu enflé'.

1 Dépèche de Mazarin au cardinal Barbe rini, de Saviglian, le 26 juillet : « Al mio arrivo quà, aile dieci hore, ho trovato che S. A. stava agonizzando, et, aile xi, ha reso lo spirito. Cominciôa sentirsi indisposta sino al ritorno dall1 abboccamenlo col signore Marchese Spinola, che perciô la trovi poco lontana da Chieri, travagliata di catarro, il quale essendo cessato, era lornata aile fatiche corne prima; ail1 altro giorno facendosi sentir il maie, si mise in lelto con lebbre sopragiunla dà dolori. » Archives des affaires étrangère, Turin, t. II, fol. 541, lettre de Victor-Amédée à l'abbé Scaglia, en Espagne, le 27 juillet, le lendemain delà mort de son père : « Mio signore e padre, dopo lia ver sostenulo quattro giorni di febre continua e di dolori, ha reso F anima al suo Crealore, hieri, qui, in Savigliano. »

* Mazarin, lbid. « E perche il fratello délia Marchesa di Riva e Monsù Pina, i quali scrvivano S. A., come fecero particolarmente la mattina prima che si mettes se a letto, sono morti da ieri in quà di peste, tulto che S.A. non ne habbia data segno, l'haver

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Charles -Emmanuel avait soixante-neuf ans. 11 mourut en roi et en chrétien. Le 26, au matin, il reçut le saint sacrement, revêtu des insignes de ses ordres, ayant auprès de lui le prince de Piémont, qui allait lui succéder, et le prince Thomas; le cardinal Maurice élait en voyage1. On assure qu'il songeait à abdiquer, et qu'il en avait fait la confidence à son fils le cardinal : il devait se retirer à Nice pour y passer ses derniers jours en simple particulier. Ne sachant pas comment rompre avec l'Autriche et l'Espagne, et ne supportant pas l'idé.e de se remettre entre les mains de Richelieu, qu'il détestait, il pensa qu'un nouveau duc, libre d'engagements envers tous, était plus propre à sortir d'embarras*. Si vraiment il

liralo si poco avant i e trovarsi il corpo alquanto gontio du causa di dire che la malaltia havesse in se del veleno di simil morbo. » Archives des affaires étrangères, Turin, t. II, fol. 512; lettre de d'Effiat ù Richelieu, du 26 juillet : « ... Est venu un trompette... disant que le duc éloit mort ce malin, et dit -on que c'est de la peste, ce qui nous a été confirmé par tant de personnes qu'on ne le révoque pas en doute... »

1 Mazarin, ibid. < Dopo lia ver questa înallina ricevuto il sanlissimo sacramento, vestilo degli habili de' suoi cavidieri, et assistito da' signori Principe di Piémont e e Tomaso , essendo il signor cardinale in islrada, ha terminata la vita. »

8 Brusoni, p. 159 : « Depositaudo nel seno del Principe Maurizio suo figliuolo la risoluzione che meditava di rinunziare il principato e di rilirarsi in Nizza e vita privala, si che, Iasciando il governo degli stati al Principe Vittorio, non havrehbe mancalo alla parola dala al Cesarc c al re di Spagna, ne aderito ai disegui del cardinale di Hiscegliù dà esso estremamente aborrito, e

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conçut un tel projet, ce serait là un trait bien frappant de ressemblance avec un de ses derniers descendants, le glorieux vaincu de Novare, descendu volontairement du trône, après la fatale journée du 25 mars 1849, p.our aller mourir dans un couvent du Portugal, laissant à son fils le soin de traiter avec l'ennemi sans abandonner leurs communs desseins.

Charles-Emmanuel est aujourd'hui connu el jugé : on ne peut nier qu'il n'ait été un des personnages les plus considérables de son siècle, et qu'il n'ait possédé des qualités éminentes. Il avait beaucoup d'esprit; il n'était pas seulement un ami des lettres, il a composé des écrits assez

liavrebbe poluto il nuovo principe, innocente e cognalo del re, con gittarsi nelle braccia délia Maeslà Sua, declinare il precipizio délie fortune délia sua casa che in altra maniera pareva inevitabile e cerlo. Ma oppresso anche egli in brève spazio dà infermità mortale , rimasero i suoi disegni in abozzo e noti à pochi. r Voici comment Richelieu décrit la fin du duc de Savoie, t. VI, p. 196. « 11 se mit au lit, et, soit d'excès de tristesse, soit que l'infection de l'air lui ait donné quelque atteinte, une petite émotion le saisit, durant laquelle, après avoir dit plusieurs fois à son fils qu'il falloit, à quelque condition que ce fût, faire la paix, il mourut comme il avoit vécu, au milieu de l'embrasement et de la ruine de ses États, desquels il se voyoit dépouillé, comme il lui avoit été prédit longtemps auparavant, et ce par une juste punition de Dieu, que celui qui, durant quarante et tant d'années de son règne, avoit toujours essayé de mettre le feu chez ses voisins et de s'avantager injustement de quelque partie de leurs États, mourût dedans les flammes du sien propre, qu'il avoit perdu par son opiniâtreté* contre l'avis des siens et de ses alliés. »

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