‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 202 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

remarquables, entre autres, des Parallèles entre les grands hommes qu'il estimait le plus parmi les anciens et les modernes \ 11 parlait et écrivait le français et l'espagnol comme l'italien; il était laborieux et habile ; son courage était à la hauteur de son ambition. Mais deux défauts gâtaient toutes ces grandes qualités : il était sans foi ; sa parole était trop peu sûre, même pour une parole de prince; et sa présomption allait jusqu'à la chimère. Il se perdit dans ses propres artifices. En voulant trop devancer les temps, il compromit l'avenir de son pays et de sa maison. Il forma trop d'entreprises à la fois; il eut surtout le malheur de rencontrer en France des hommes tels que Henri IV, Luynes et Richelieu qui, tout en voulant l'agrandir contre l'Autriche, n'étaient pas d'humeur à souffrir ses déloyautés, et à sacrifier l'honneur et l'intérêt national aux rêves téméraires d'un étranger. Il laissait le Piémont envahi de toutes parts, presque réduit à la ville et à la citadelle de Turin, épuisé d'hommes et d'argent, et dans un abîme de misères. Mais Victor-Amédée avait épousé une fille de Henri IV, et la France, qui avait justement châtié le père, n'hésita pas à relever la

* Sur les écrits de Charles-Emmanuel lot et sur les services qu'il n rendus aux lettres et aux arts, voyezriiistoriographeGuichenon, t. I, p. 863.

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couronne du fils; et comme peut-êlrc nous le montrerons un jour, ce fut ce même Mazarin qui, après avoir autrefois tenté en vain d'éclairer Charles-Emmanuel, gijida Victor- A médée, protégea sa veuve et son enfant, et arracha le Piémont à la guerre civile et à l'Espagne f.

Victor-Amédée avait à peu près les mêmes qualités et les mêmes défauts que Charles-Emmanuel, mais à un moindre degré, hormis la bravoure, qui demeure toujours entière dans la maison de Savoie. Les leçons redoublées du malheur avaient aussi diminué en lui la présomption si funeste à son père, et peu à peu le réconcilièrent avec sa bonne destinée, c'est-à-dire avec l'alliance française. Là seulement il trouva la voie droite de sa légitime ambition, et la mort seule, mais une mort glorieuse au champ d'honneur, sur la route de Milan, et à côté d'un maréchal de France, le déroba au triomphe des nobles

1 Tous les historiens sont unanimes à représenter comme nous le faisons le caractère de Charles-Emmanuel 1er. Récemment encore un historien piémoutais, M. Carutli, bien qu'enflammé par un patriotisme auquel nous applaudissons, après avoir célébré en Charles-Emmanuel le vaillant soldai , le politique audacieux et fertile en expédients, termine ainsi son portrait : * Quesle rare doti furono ofl'ese dà troppa versatililà di voleri e dà sovercliia fidanza in sestesso... La prudenza non fù in lui sempre pari ail ardire; per quelle sue perpétue guerre locco il Piemonle V estremo délia miseria. » Sloria del lie y no di Viltorio Amedco //. scritta dàDcmenico Carutli, Tcrino, 1856, p. 5.

CHANT» K HUITIÈME. 4?>r>

desseins auxquels Richelieu avait fini par le séduire,

Victor- Amédée avait de bonne heure apprécié Mazarin. A Saviglian, le jour même de la mort de Charles-Emmanuel, il le fit venir et le consulta. Le chargé d'affaires pontifical le poussa de toutes ses forces à faire la paix1. En cela, sans doute, il suivait les instructions de sa cour et travaillait à gagner de plus en plus les bonnes grâces du cardinal Barberini et d'Urbain VIII, ainsi qu'à conquérir la faveur du puissant Richelieu, vers lequel l'attirait un secret penchant; mais par-dessus tout, il considérait le véritable intérêt de la maisonde Savoie, qui lui fut toujours chère. Il s'appliqua à faire sentir à Victor Amédée qu'une guerre prolongée, de quelque façon qu'elle se terminât, était la ruine infaillible et irréparable du Piémont ; que par conséquent sou premier besoin était la paix, et que tout arrangement qui lui rendrait ses États lui était avantageux. Il lui fit part de la proposition de Spinola qui assurait immédiatement une trêve pendant laquelle on aurait le temps de respirer et d'aviser à ce que plus tard on aurait à faire. Il l'exhorta

1 Dépêche de Mazarin au cardinal Barberini, 26 juillet, de Saviglian : « In questo punto, vado dà S. A., fatlo chiamare, con la quale non lasserô di passare tutti gli olïicii die stimerù pin accerîati nella congiuclura présente r.er la pace. »

à l'accueillir et à la favoriser, Victor-Àmédée entra par degrés dans ces vues. Le lendemain, 27 juillet, écrivant à l'abbé Scaglia, à Madrid, pour lui annoncer la mort de son père, il lui fait connaître l'état des affaires. Ce n'est déjà plus contre Richelieu et la France, c'est contre Spinola seul que se portent ses ressentiments. Spinola est l'auteur de tout le mal. Pour ce siège intempestif de Casai, il lui a repris plusieurs des régiments qu'il lui avait envoyés, et il lui refuse des subsides ; il est Génois, il est l'ennemi de sa maison, il ne peut y avoir de confiance entre eux \ Le duc charge son ambassadeur de dire au roi d'Espagne que, fidèle à ses engagements, il remet à Sa Majesté Catholique de décider de la paix ou de la guerre. Si on veut la guerre, il faut se hâter de rappeler Spinola et d'exécuter les diversions en France, toujours promises et jamais effectuées. Si on veut la paix, les conditions auxquelles aujourd'hui se réduit la France sont fort acceptables*. Le 30 juillet, il se tint à Saviglian un conseil de guerre, sous la présidence de Victor-Amédée. Entre autres

1 Archives des affaires étrangères, Turin, t. Iï, fol. 541 : « Col marchese sono passati tanti disgusti, e si crede cosi chiara l'avversione che lia con noi, ollre l'essere Genovese, che non si puô essere confidenza. »

s Ibid. « Volendosi la pace, le condition! aile quali si ricluce la rnncia sono assai trattabili. »

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