‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 203 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

choses, on s'y occupa de la proposition de Spinola ; avant d'en délibérer, on voulut savoir comment elle serait reçue des deux parties intéressées, l'Espagne et la France, et on avait été d'avis d'attendre leur réponse \

Mazarin alla chercher celle de la France à Saint- Jean-de-Maurienne, où il croyait trouver ensemble Louis XIII et Richelieu ; mais le cardinal y était seul, dans une situation difficile qui s'aggravait chaque jour. Au dehors, au dedans, tout semblait conspirer contre lui.

En Piémont, depuis la victoire de Veillane ei la prise de Saluées, l'armée française n'avait plus rien fait de grand, grâce à la mésintelligence qui s'était mise entre ses chefs. Le péril les avait unis à Veillane ; le péril passé, tous les vices d'un pouvoir partagé avaient paru. Les trois généraux avaient tour à tour leur semaine de commandement, et chacun d'eux commandait à sa manière. De là peu d'ensemble et de suite, d'inévitables et fâcheuses rivalités. Richelieu connaissait mieux que personne la nécessité d'un pouvoir unique à la guerre comme dans l'État ; mais il n'avait pas toujours un général assez capable ou assez sûr pour lui remettre l'autorité suprême. Un seul

1 Ibid. fol., 572 : lielationc del convgliodi guerra tenulo in Sa vùjliano, alli 50 di Luglio.

K'M\ LA JKUNKSSE DK JiAZARIN.

chef de peu de talent pouvait perdre l'armée; un chef habile mais d'une fidélité douteuse pouvait le perdre lui-même. Ajoutez que, dans cette vaillante noblesse, alors seule en possession des charges militaires, il n'était pas aisé /d'obtenir une juste subordination. La vanité, sous le nom usurpé de l'honneur, la vanité, ce mal français par excellence, descendue peu à peu de la noblesse dans toutes les classes de la nation , régnait en souveraine à l'armée. Quel autre qu'un maréchal eût pu commander à des officiers généraux fiers de leur bravoure et de leur naissance ! Parmi les maréchaux, aucun d'eux ne voulait obéir à son égal. Louis XIV fut obligé de créer un maréchal-général, et encore on vit des maréchaux refuser de servir sous ce nouveau supérieur, alors même qu'il s'appelait Turenne. Ici, par exemple, malgré la hiérarchie militaire, il n'eut guère été possible de faire servir le duc de Montmorenci sous le maréchal de la Force ; et, comme aussi on ne pouvait mettre un maréchal de France sous les ordres d'un simple maréchal de camp, fût-il un Montmorenci, Richelieu avait dû partager entre eux le commandement; et il avait fallu son ascendant pour faire admettre à ce partage le marquis d'Effiat, maréchal de camp comme Montmorenci, grand-maître de l'artillerie et surinten-

Page 1