CHAPITRE HUITIÈME
clant des finances. Au faite d'un pouvoir envie, disputé, toujours chancelant, Richelieu était bien forcé de compter avec tout ce qui pouvait le servir ou lui nuire. 11 n'entendait pas mettre contre lui la puissante maison de Montmorenci, unie à tant d'autres maisons considérables, surtout à celle de Condé, dont le chef, l'orgueilleux Henri de Bourbon, commençait à reconnaître son autorité. Déjà il avait été obligé d'ôter au duc Henri l'amirauté, comme, après la mort de Lcsdiguières, il avait fait supprimer la connétablie, char* ges trop grandes pour des sujets et qui pouvaient tenter des fidélités plus assurées que celle d'une aristocratie qui se souvenait trop de ce qu'elle avait été pour se plier docilement à la nouvelle suprématie de la royauté et de l'État. On avait sans doute magnifiquement racheté l'amirauté; mais le duc de Montmorenci se sentait diminué, et il importait de ne pas le blesser davantage. Richelieu avait des ménagements infinis pour sa vanité; il lui avait fait écrire par le roi les lettres les plus flatteuses sur les services qu'il avait rendus à Veillane, et il supportait avec une patience admirable son humeur inquiète, ses légèretés, ses prétentions, ses faiblesses de toute sorte.
Nous avons trouvé parmi les papiers de Richelieu et nous avons sous les yeux bien des lettres de
Montmorenci au cardinal l : il se plaint sans cesse, et aussi il demande sans cesse et pour lui et pour ses amis. Quel contraste avec les lettres du sérieux, appliqué et énergique d'Effiat! Pas un mot sur lui-même ; toujours le service, et tout en vue du service. 11 est atteint parla maladie ; mais il n'en dit rien, on ne l'apprend que par les autres. Après Veillane il s'étaiteomplu à rendre hommage à la valeur de Montmorenci ; mais depuis, quand il avait vu les défauts de son brillant collègue, si préjudiciables au bien de l'armée, il n'avait point hésité à les relever et à les combattre. S'il avait toute la vigueur de son pays, l'Auvergne, il en avait un peu la rudesse, et n'était pas aussi endurant que le maréchal de la Force. Celui-ci, naguère un des chefs des protestants révoltés, sorti de disgrâce depuis quelques années, ne voulant plus se brouiller avec la cour, et n'étant pas d'ailleurs enhardi par un mérite du premier ordre, se montrait fort accommodant. Maréchal de France, il ne réclamait pas la supériorité qui lui était due sur de simples maréchaux de camp; dans le conseil il donnait son avis, d'ordinaire excellent, et se tenait ensuite dans une prudente réserve. Il n'en était point ainsi de d'Effiat : il avait la conscience de ce qu'il valait et se savait bien auprès du maître ; sa fierté ne tarda pas à
1 Arch. des AIT. étrang., Turin, 1050, l. FI, pnsxim.