CHAPITRE HUITIÈME
Josaphat qu'il ne lui restoit d'autre remède que de convertir ses yeux à Dieu*. » Sur ces entrefaites, Louis XIII qui, malgré les sollicitations de tout ce qui l'entourait, avait eu jusque-là le courage de rester au milieu de la peste à Saint- Jean-de-Maurienne, fut tout à fcoup saisi de quelques accès de fièvre. À cette nouvelle, la reine mère et la reine Anne redemandèrent le roi à grandscris: Richelieu, le voyant réellement malade, n'osa le retenir plus longtemps. Louis partit le 25 juillet ', et s'en revint à, petites journées à Lyon, où ne tarda pas à se déclarer la grande maladie qui le tint entre la vie et la mort jusqu'à la fin du mois de septembre. Le cardinal aurait pu l'accompagner sous plus d'un prétexte, au lieu de le laisser aller seul. parmi des ennemis, cachés ou déclarés, qui, environnant incessamment le faible monarque, lui pouvaient arracher, dans un moment de trouble, une parole qui suffisait à le perdre; mais il voyait clairement que dans les circonstances présentes son éloigne-
1 Richelieu, ibid, p. 152-155.
* Àrch. des aff. étrang., Torin, 1630, t. II* fo|. 525, fragment des Mémoires de Richelieu bien plus ample que l'imprimé : « Le Roi partit le 25 juillet de Saint- Jean-de-Maurienne pour s'en retourner à Barrault et de là à Lyon. . . » Le Mercure français, p. 634 : « Le Roi s'en revint de Saint-Jean-de-Maurieflne à Lyon, où il arriva le 7 aoust et où il eut une grande maladie au mois de septembre. »
ment du théâtre de la guerre après la retraite du roi eût élé comme le signal de la déroulé, la dissolution de l'armée, la ruine de ses desseins, 6t Richelieu avait une de ces âmes qui tiennent à leurs desseins encore plus qu'à la fortune et à la vie. Il demeura donc à Saint-Jean-de-Maurienn^' bravant l'épidémie qui régnait partout, et af^c sa misérable santé se livrant à un travail soUS lequel eût fléchi l'homme le plus robuste que le désir passionné du succès n'eût pas soutenu. II entretenait une correspondance assidue avec les amis fidèles qui lui restaient auprès du roi, Bouthilier et surtout le cardinal de La Valette, qui chaque jour lui envoyaient de Lyon d'exactes nouvelles ; et en même temps, avec Schomberg et Châteauneuf, il faisait les derniers efforts pour rassembler une nouvelle armée qui pût bientôt passer les Alpes et reprendre l'ascendant que nous avait donné la victoire de Veillane.
Telle était la situation générale lorsque Mazarin arriva le 2 août à Saint-Jean de-Maurienne. Il trouva le roi parti et Richelieu dévoré de soucis. Louis XIII succombait-il à la maladie qui l'avait , atteint, c'en était fait du cardinal, car la couronne revenait à Monsieur, duc d'Orléans, son mortel ennemi; le péril n'était pas moindre si le roi cédait aux conseils de sa mère. Au delà des Alpes, l'aimée presque éteinte sous des chefs divi-