CHAPITRE HUITIÈME
ses entre eux était hors d'état de secourir Casai, et la chute de cette place, ajoutée à celle de Mantoue, ruinait et déshonorait la politique qu'il avait fait prévaloir. Il était bien naturel que son mécontentement se portât sur les perpétuelles négociations de la légation pontificale qui, ea supposant toujours à l'élan de la France, semblait avoir accru toutes les difficultés, au lieu de les aplanir. Bagni, resté en Savoie auprès du roi et de Richelieu, en répondant aux lettres que Mazarin lui avait adressées du camp sous Casai, ne lui avait point dissimulé l'impression fâcheuse produite par tant de démarches inutiles ; il Pavait même invité l à ne reparaître qu'avec des propositions précises et raisonnables; qu'autrement tout ce qu'il dirait serait considéré comme des stratagèmes inventés pour tromper le roi, et, amener à l'aide de belles paroles la prise de Casai. Mais Mazarfn ne s'était point arrêté devant cet avertissement. 11 y allait de trop grands intérêls pour se tant ménager soi-même. D'ailleurs, qu'avait-il à craindre? 11 était sûr qu'en osant beaucoup pour tenter de prévenir une collision sanglante sur le sol italien, il entrait dans les sentiments les plus intimes du pape, et c'était encore du pape qu'il attendait tout son avenir.
1 Lettre de Bagni à Mazarin, datée de Saint-Jean-de-Maurienne, le 19 juillet 1630, Arch. des aff. étrang., France, t. LUI, fol. 290.
Il connaissait Richelieu , ses impatiences à la fois et sa raison qui prenait toujours le dessus : il avait déjà éprouvé et surmonté ses premières vivacités ; il prévoyait combien les propositions deSpinola seraient amères à la fierté française, mais il savait à quel point la paix était nécessaire à la France,. et que l'arrangement qu'il apportait en était la seule et dernière ressource. Il se présenta donc à Saint-Jean-de-Maurienne avec une tranquille assurance. On dit qu'il y eut là une scène à la Shakespeare, dans la-, quelle le cardinal s'abandonna à toute l'impétuosité de son caractère, et où le jeune chargé d'affaires pontifical sut lui tenir tête avec un mélange de respect et de fermeté qui imposa au grand ministre et le ramena à de meilleurs conseils.
Richelieu, dans ses Mémoires, ne dit pas un mot de cette scène, comme on le pense bien, car les auteurs de Mémoires n'ont guère l'habitude de porter témoignage contre eux-mêmes ; d'ordinaire aussi Richelieu néglige les détails personnels pour s'attacher au fond et à la suite des affaires ; il se borne donc à donner les résultais de celte nouvelle et grave entrevue, qui seuls importaient à l'histoire. Pour nous, un pêù de violence de la part du cardinal ne nous est pas du tout invraisemblable. L'expérience ne lui avait