CHAPITRE HUITIÈME
que trop appris à se défier des hommes ; Mazarin, nous l'avons vu, était suspect à ses meilleurs amis, Schomberg etd'Effiat; celui-ci lui écrivait que le jeune diplomate Savait d'autre mission que de pénétrer les intentions du roi et de son conseil1; lui-même ne le connaissait pas bien, et ne croyait encore qu'à son esprit et à son intelligence. Le 3 juillet, il lui avait fait un assez mauvais accueil ; le 2 août, dans une situation bien pire, il devait le recevoir encore plus mal. D'autre part, Mazarin, entraîné par le torrent des affaires, n'avait pu adresser au cardinal Barberini qu'une dépêche assez courte 2 sur la conférence qu'il avait eue avec Richelieu. Mais il faut bien que cette conférence ait été d'abord très-vive, car Mazarin avoue qu'il trouva le cardinal très en colère. « Il ne se fâcha pas peu contre moi, dit Mazarin à Barberini, de ce qu'après soixante et dix jours je ne lui apportais pas une réponse précise, et de ce que je venais lui faire des propositions nouvelles sans même avoir le pouvoir de rien conclure. Je l'excusai à i
1 Àrcli. des aff. étrang., Turin, 1030, t. IU, contenant les mois d'août et de septembre, fol. 5 et fol. 31, lettres de d'Effial à Richelieu, du 2 et du 3 août.
2 Dépêche* de Mazarin du 6 août : * 11 tempo non mi concède esser più lungo, corne dovrei per dar dislintamente parte di quanto passa, ma giudico bene avvisar quel che posso con quesla
occasione. » ;
part moi de se plaindre avec si peu de raison des nombreuses courses que j'avais entreprises, et qui toutes l'avaient été pour son service : je vis bien qu'il voulait décharger sur moi le chagrin que lui causait l'affaire de Mantoue1. » Ce peu de mots très-significatifs donnent un grand crédit au récit suivant d'un historien d'ordinaire bien informé ' .
« Quand le cardinal Bagni introduisit son jeune collègue auprès du cardinal de Richelieu, celuici, cédant à l'injuste soupçon que Mazarin s'entendait avecSpinola et les Espagnols pour faire tomber Casai entre leurs mains, se laissa emporter à lui dire que ses funestes négociations avaient détruit la réputation de la France et
1 Dépêche de Mazarin du 6 août : « Mi sono abboccato con il cardinale di Richelieu a Giovanni di Moriana, che trouvai tulto risentito, h aven do solamente la mattina havuto sicuro awiso délia perdita di Mantovn... Si altcrô non poco meco che... Scusai in nie il sign. Cardinale che con poca ragione si lamentasse délie diligenzeche facevo dirette tuttê a servirlo maggiormente, perche conobbi che voile sfogar meco il disguslo ricevuto per le cose di Manlova... »
8 Cet historien est Brusoni. Benedelli se trompe en mettant le lieu de la scène- à Paris, et il a entraîné Prioralo dans cette erreur évidente ; mais il indique bien la scène en l'abrégeant, p. 27 : « Doppo gravi contestât ioni havute seco pef qualche falsa impressione di Sua Eminenza, sostenute con grandissimo decoro e coraggio le parti di ministro pontificio, indusse il cardinale a raccommandarsi e a pregarlo deir opéra sua per la perfettione dei trattati. » Le récit de Drusoni est bien autrement étendu et détaillé ; nous le traduisons presque en entier.