CHAPITRE HUITIÈME
l'indépendance de l'Italie, et Pavaient perdu luimême comme auteur et chef de toute l'entreprise. Il éclata en menaces contre un homme qui lui semblait coupable d'intelligence avec l'Espagne; et se tournant vers le cardinal Bagni il lui demanda si le pape persévérait dans ses premiers engagements envers la France. Le cardinal Bagni l'assura que les intentions du saint-père étaient les mêmes; puis il ajouta quelques mots en faveur de Mazarin, défendant sa sincérité à la fois et sa pénétration, le .disant aussi incapable d'être la dupe que le complice de Spinola; que le Génois pouvait "bien être un plus grand capitaine, mais non pas un plus grand politique. Mazarin, après avoir gardé un silence respectueux, tenta, mais en vain, de se justifier ; sans l'écouter, Richelieu.s'écria avec colère que sa trahison ou son erreur méritait un sévère châtiment, et qu'à défaut du pape le roi de France saurait bien tirer une juste vengeance de l'injure qui lui était faite. À ces mots, Mazarin, interrompant le cardinal, lui dit d'un ton ferme et résolu que, s'il s'était laissé traiter de cette sorte, ce n'était pas par peur, mais à cause du respect qu'il portait au ministre d'un grand roi ; qu'il ne devait pas souffrir plus longtemps qu'on manquât à ce point d'égards à un ministre du pape ; qu'il déclarait donc qu'il n'avait de compte
à rendre de ses actions qu'à Sa Sainteté; que c'était d'elle qu'il attendait ou le châtiment ou la récompense qu'il méritait, et que les menaces qu'on lui faisait ne lui inspiraient pas la moindre crainte. Et il prononça ces dernières paroles avec une si fière attitude, que Richelieu, prétendant qu'il insultait la majesté royale, entra dans un accès de fureur, se leva de son siège qu'il renversa, jeta à terre son bonnet rouge, et se mita marcher à grands pas dans la chambre, en exhalant la passion qui l'agitait. Peu à peu il se calma, et reconnaissant qu'il avait besoin du nouveau duc de Savoie pour se porter médiateur entre les Espagnols et la France, et par là sauver Casai, et qu'il n'y avait personne qui eût autant de crédit sur ce duc que Mazarin, il s'adoucit, et, tout à coup changeant de ton~,~il dit au cardinal Bagni : « Vous pourriez avec raison m'accuser « d'être enclin à la colère, et M. Mazarin pourrait « avoir contre moi un très-juste ressentiment. » Là-dessus, il le pria de l'excuser, lui dit qu'il arrivait souvent de pareils débats entre les meilleurs amis, et que de telles épreuves affermissaient l'amitié. Il caressa de son mieux celui qu'il venait d'offenser; il le conjura de reprendre ses négociations et de retarder la prise de Casai par tous les moyens qu'il pourrait imaginer; que lui, pendant <se temps, tâcherait de ranimer l'armée