CHAPITRE DEUXIÈME
à Mantoue qu'à Milan. Le duc de Savoie, trouvant les circonstances changées et devenues plus favorables à ses prétentions sur le Montferrat, n'hésita point à les renouveler, et l'Espagne qui, quelques années auparavant, les avait si énergiquement combattues, y prêta l'oreille. Ce que voyant, la fille aînée de Vincent Ier, alors duchesse douairière de Lorraine, pensa que si on admettait les droits des filles les siens sur le Montferrat étaient antérieurs et supérieurs à ceux de la princesse Marie, et elle les fit valoir avec force auprès de l'Empereur. Ajoutez que Vincent II était fort attaché à sa jeune nièce Marie, qui demeurait auprès de lui à Mantoue; on dit même qu'il avait songé à l'épouser, et il désirait passionnément lui laisser tous ses États.
Dans ces conjonctures embarrassées, la France demeura fidèle en 1627 à la cause qu'elle avait défendue en 1615 en commun avec l'Espagne : elle n'abandonna pas l'héritier légitime parce qu'en deçà des Alpes il était duc de Nevers, et Richelieu déploya ici son adresse et sa vigueur accoutumées. Un habile agent français, le marquis de Saint-Chamont , envoyé dans le plus grand secret à Mantoue, persuada au duc mourant de reconnaître lui-même pour son successeur Charles de Gonzague, à la condition que le fils aîné de celuici, le duc de Rethel, épouserait la princesse Marie,
50 LA JEUNESSE DE MAZARIIf.
en sorte que ses vœux et le bon droit se trouveraient confondus. Vincent II embrassa avec joie une proposition qui assurait la couronne ducale à sa nièce bien-aimée; il déclara son cousin Charles de Gonzague son seul héritier, il bénit de son lit de mort le mariage de sa nièce et du jeune duc qui était accouru en toute hâte à Mantoue, et il expira quelques heures après le 26 décembre 1627. Le lendemain Charles de Gonzague était proclamé duc de Mantoue dans toute l'étendue du duché; lui-même quelques jours après arrivait dans ses États et en prenait possession ; en même temps il s'empressait d'envoyer à Vienne son propre fils et Tévèque de Mantoue pour rendre hommage, en vassal respectueux,
à son suzerain seigneur Ferdinand II, et deman-
der l'investiture impériale. Ainsi s'ouvrait l'année 1628.
Le nouveau duc de Mantoue était le vrai et légitime représentant de la maison de Gonzague ; il venait de faire épouser à son fils aîné le duc de Rethel une princesse italienne, et son second fils, duc de Mayenne du chef de sa mère sœur du dernier duc de ce nom, se consacrait tout entier à l'Italie. Sans doute Charles de Gonzague avait un titre français, et il possédait en France des biens considérables, avec un trésor tout autrement précieux, trois filles admirables, Tune