‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 23 sur 282 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

déjà engagée dans l'état religieux et abbesse d'Avenai, près de Reims; la seconde, la belle Marie, si vivement recherchée par Monsieur, duc d'Orléans, et qui devint reine de Pologne; la troisième, cette fameuse Anne de Gonzague, princesse palatine, que Retz et Rossuetont immortalisée. Mais les intérêts que Charles de Gonzague conservait en France s'accordaient parfaitement avec les intérêts et les devoirs d'un duc de Mantoue. La France en effet avait à jamais renoncé aux projets de Charles VIII, de Louis XII et de François 1er ; elle n'avait plus qu'une ambition au delà des Alpes, et cette ambition de la France était l'espérance de l'Italie : ne pas souffrir que la branche de la maison d'Autriche qui régnait en Espagne, tandis que l'autre était assise sur le trône impérial, déjà maîtresse de la Sardaigne et de la Sicile, de Naples et du Milanais, s'étendît encore et fit de nouvelles conquêtes dans la Péninsule. Et en cela la France était ardemment secondée par tout ce qui restait de princes italiens indépendants, par la riche et politique république de Venise, et par le Pape aussi, le naturel défenseur, le prolecteur alors si autorisé de la liberté de l'Italie. Assurément Urbain V1I1 n'était ni Jules II ni Sixte V, et il n'a point illustré la tiare ; mais on ne peut nier que, surtout en ces premières années de son pon-

tificat, sa pensée constante, digne du père de la chrétienté, n'ait été la paix, et, autant qu'il était en lui, la diminution du joug étranger. Aussi était-il Tallié et l'ami de la France; et même à part le droit non équivoque de Charles de Gonzague, il ne lui plaisait guère d'avoir à Mantoue un serviteur de l'Autriche. Mais il y avait, sur la frontière septentrionale de l'Italie, un personnage qui nourrissait de bien autres desseins : c'était le duc de Savoie. Déjà nous en avons dit un mot; il importe de le faire un peu plus connaître.

Charles-Emmanuel Ier était fils d'Emmanuel-Philibert, le vainqueur de Saint-Quentin et le plus grand prince qu'ait eu la Savoie. Lui-même n'était certes pas un homme ordinaire ; mais comme ses ancêtres et ses descendants il était profondément ambitieux. Nous sommes loin de l'en blâmer. Malheur aux princes et aux peuples sans ambition, qui considèrent la grandeur et la gloire comme un accessoire indifférent, et se contentent de vivre d'une vie inutile, en attendant que le premier coup du sort les abatte et les fasse disparaître ! Mais malheur aussi aux princes et aux peuples dont l'ambition aventureuse rie sait mesurer ni le temps ni l'espace, et brave insolemment toutes les lois de la prudence et de la justice ! Sorti des montagnes de la Savoie, à cheval sur les

Page 1