‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 220 sur 282 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

de marcher en avant et d'aller droit à Casai1.

Gomme Schomberg, il n'avait pas eu d'abord grande confiance en Mazarin. Ses allées et venues lui semblaient fort équivoques, et il ne s'était pas fait faute d'en dire sa pensée à Richelieu. Celuici n'était que trop facile aux soupçons; mais Tinstinct politique qui les lui inspirait les contenait aussi, et le besoin d'agir le forçait d'employer les instruments qu'il avait sous la main, sauf à les briser s'ils ne répondaient pointa ses espérances. Il se senlait d'ailleurs attiré vers ce jeune étranger dont le talent était manifeste et la situation si précaire; et lui qui cherchait partout des auxiliaires à ses vastes desseins, qui jamais ne rencontra un homme de mérite, français ou étranger, militaire, ecclésiastique, magistrat, homme de lettres, sans tâcher de l'attirer à son service et de s'en faire aimer, il aurait bien voulu acquérir Mazarin. Loin donc d'abonder cette fois dans les défiances de d'Effial, les trouvant sans fondement, il l'invita à ne les point laisser paraître2; et d'Effiat lui-même, en entrant dans des

1 Arch.des aff, étrang., Turin, ibid. fol. 31, lettre du 5 août ù Richelieu : « ... S'ils nous voy oient aller droit à Casai, on les verroit bien changer de langage... »

* Ibid., fol. 111), lettre de Richelieu à d Effîat du 12 août : «... Je vous prie d'agir de telle sorte que vous ne tesmoigniez pas que Ton se défie de Mazarin en façon quelconque, car je ne vois pas qu'il yen ait lieu... »•

relations plus suivies avec le jeune chargé d'affaires, ne tarda pas à rendre justice à ses loyales intentions cl à son désir sincère de la paix1.

Cependant Viclor-Amédée avait fait les premiers pas dans la voie nouvelle où rengageait Mazarin. Il commença par envoyer des courriers a Spinola et a Colin Ho pour leur rappeler la conférence qu'ils devaient tenir tous les trois ensemble, et il invita particulièrement le plénipotentiaire impérial, s'il ne pouvait venir lui-même en Piémont, a lui mander au moins son opinion sur la proposition que Spinola avait faite et que la France acceptait. Le 11 août, il chargea son ministre à la cour de Vienne d'exposer à l'Empereur l'étal déplorable où il était réduit, et de lui deman-

1 Lettre de d'Effiat à Richelieu, du 18 août, du camp de Virle, Ma., toi. 182 : « Ma despesche n'estoit pas achevée, que le SrMazarini est arrivé, lequel m'a tesmoigné, d'abord que nous avons esté ensemble, estre fort vostre serviteur, et, pour me prouver la confiance que vous avez en lui, il m'a monstre une lettre dont vous l'avez honoré, que j'ai bien coguu estre celle dont vous m'avez fait 1 honneur de me donner advis. J'ai fait semblant de l'ignorer, lui disant... que je ne croiois pas que (la confiance de Rilieu en lui) fust au point que je le cognoissois par sa lettre, la jugeant telle que je ne lui voulois plus monstrer les miennes, puisqu'elles lui feraient voir qu'il avoit plus de part en vos bonnes grâces que moi. H en a accepté la cajollerie, et m'a juré qu'il n'y avoit personne à qui il se dédiast comme à vous, et s'est aucunement laissé aller à l'inlérest qu'il prenoit à la France, de sorte que je cognois que l'on ne peut errer en suivant vos opinious. Je crois qu'il a très-bonne intention... *

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