CHAPITRE NEUVIÈME
venaient au nom du plénipotentiaire autrichien, du duc de Savoie et du cardinal de Richelieu, lui annoncer que ses propositions étaient acceptées, et qu'il n'y avait plus qu'à signer la suspension d'armes convenue, en attendant la paix. Spinola les accueillit avec un visible embarras : il ne pouvait renier sa parole, et l'idée de ne pas prendre Casai, quand Collai to avait pris Mantoue, était à sa fierté un insupportable supplice. Il éleva mille difficultés1, et inventa toute sorte de faux-fuyants pour se dérober à l'exécution de ses promesses. Il allégua que les choses étaient bien changées, que Casai était tout près de tomber en son pouvoir, et qu'en retour d'une suspension d'armes qui lui ôtait des mains un succès assuré, il était juste de lui faire quelques concessions nouvelles. Distinguant entre la ville de Casai proprement dite et la citadelle qui lui donnait son importance militaire, il demanda que durant l'armistice on lui remît la ville, tandis que les Français resteraient maîtres de la citadelle. 11 distinguait aussi entre les travaux du siège qu'il s'était engagé à suspendre pendant l'armistice et ceux qu'il avait entrepris du côté du Piémont pour se mettre à
1 Dépêche du 11 août à Barberini : «... Ha mosso in ciô moite difficollà... et, a mio intendere, le dilationi son dirette ad avanzarsi tanto controquestapiazza... et il maggior stimolo chen'habbia è F interesse suo privato che tanto più Fangustia quanto cho gli rinfaccia la presa di Mantova... »
l'abri d'une attaque des Français : il ne se croyait pas tenu de renoncer à ces derniers travaux, les regardant comme étrangers au siège de Casai. Il all.a jusqu'à demander pour otage, en .équivalence de son fils don Philippe, quelque grand personnage français, tel que le frère du cardinal de Richelieu, cardinal lui-même et archevêque de Lyon, en avouant que la cour de Rome ne pouvait guère consentir à ce qu'on fit un otage et un prisonnier d'un prince de l'Église1. On se peut imaginer ce que les deux négociateurs durent répondre à des prétentions aussi inattendues, et ils le firent avec une telle vigueur et une telle liberté que Mazarin luimême a peine à comprendre comment le vieux et illustre capitaine souffrit un pareil langage1. Pour mettre fin à cette pénible contestation, Mazarin dit à Spinola qu'il était inutile de tant disputer sur la suspension d'armes, lorsqu'on pouvait faire la paix sur-le-champ, et on le pouvait, puisque tout le monde était d'accord. Alors, ne sachant plus comment tirer davantage l'affaire en longueur, Spinola répondit qu'avant decon-
1 Dépêche du 1 1 août : « .. . Dice voler per ostaggio qualchegran signore amico del Re e di Richelieu... et è fin uscito a dire che nessuno sarebbe miglior che il cardinal di Lione suo fratello... »
9 Lettre du 19 août à Bagni : c ... Esclamassimo con molta liberté e tanta che, sebbene la nostra escandescenza era posta in ragione, non so corne ci sofïerisce .. »