CHAPITRE NEUVIÈME
dure la paix, il voulait prendre les ordres de son roi, et qu'il allait expédier un courrier à Madrid *• Nouvelles réclamations, et plus vives encore, de la part des deux négociateurs. Cependant, pour ne laisser aucun refuge à ces étranges scrupules, ils se mirent à l'œuvre, et Passer rédigea un projet de dépêche du duc de Savoie à l'abbé Scaglia, à Madrid, dans lequel on lui donnait Tordre de presser Sa Majesté Catholique d'envoyer sans délai son consentement à un accommodement nécessaire. Ce projet de dépêche fut expédié à Victor-Amédée qui nonseulement l'approuva, mais commanda à Passer de renouveler ses instances auprès de Spinola, et de lui proposer un moyen qui mettrait à couvert sa responsabilité : le général écrirait à sa cour qu'il obéissait à la volonté du duc de Savoie, et celui-ci se chargeait de l'événement. Poussé par le diplomate romain8, le ministre piémontais insinua au général espagnol, avec une ambiguïté presque menaçante, que s'il consommait la ruine du duc de Savoie en s'oppo-
1 Dépêche à Barberinidu 11 aoûl : « ... Dopo mille rifuggi tutti indirizzati a voler tirar il negotio in lungo, ha detto che non si risolveva a prestar Y assenso conclusivo alla pace, senza intender prima i sensi di S. Maestà, alla quale perciô havrebbe subito spedito un corriere, etc. »
3 Dépèche du 11 août ; « ... E destramente gli ha loccato un tasto, insinuato dà me al Paser, cioè, etc. »
sant à la paix par des raisons chimériques, Vietor-Amédée, se voyant si mal récompensé de son dévouement à la maison d'Autriche, pourrait bien chercher son salut dans quelque expédient très-peu conforme aux intérêts de l'Espagne et de l'Empire.
Mazarin avait laissé Passer prendre le rôle de l'homme d'État; il se réservait celui d'un serviteur et d'un ami. Il représenta doucement et fortement au grand capitaine quelle tache il allait imprimer à son nom, en manquante la parole qu'il lui avait donnée à lui-même, ainsi qu'à un roi tel que le roi de France, et à un ministre tel que Richelieu. Il lui rappela que le roi d'Espagne n'avait pris les armes que pour ne se pas séparer de la maison d'Autriche, et que lui-même avait toujours mis en avant le nom et l'autorité de l'Empereur. Voilà pourquoi en toute occasion, malgré ses sentiments particuliers qui le portaient à terminer vite une pareille guerre, il n'avait voulu rien conclure sans l'assentiment du plénipotentiaire impérial : aujourd'hui que celui-ci «est pour la paix, comment fait-il difficulté de se joindre à lui? Et il ne peut pas prétendre qu'il obéit aux ordres de son roi, car il sait bien que le roi d'Espagne s'en remet de la paix et de la guerre au duc de Savoie. Ainsi toutes les raisons qu'il a données