‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 226 sur 282 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

anticipée parles facilités qu'on y trouverait pour arriver à une paix définitive. Il n'avait pas d'autre moyen de sauver sa réputation, et de prouver au roi de France et au cardinal de Richelieu qu'il persistait dans les intentions qu'il leur avait tant de fois manifestées. Mais il fallait un armistice de quelque étendue, afin qu'on eût le temps de recevoir toutes les réponses nécessaires : une trêve sérieuse devait embrasser au moins tout le mois de septembre, Spinola en convint et se montra prêt à accorder le temps qui serait jugé convenable, pourvu qu'on lui accordât aussi ce qu'il demandait, la remise préalable de la ville de Casai l. Sur ce point, il fut inflexible, et Mazarin dut s'en retourner avec celte mauvaise nouvelle. Averti par l'expérience, il se garda bien cette fois de se faire le porteur de simples paroles qui pourraient encore être désavouées : il voulut que Spinola lui donnât écrit et signé de sa main un projet d'armistice qui liait le général espagnol, et que le chargé d'affaires pontifical n'avait plus qu'à transmettre et à défendre comme il pourrait2.

1 Dépêche du 11 août : « ...Conosce S. E. questa verità, e m'ha detto che sepotesse haver sicurezza, non si curarebbe di concéder più tempo... »

8 Bibliothèque Barberine, parmi les papiers de Mazarin : t Copia délia sospensione proposta dal signor Marchese Spinola, li 1 5 agosto 1630. § Cette pièce est en espagnol.

Mazarin élait resté neuf jours entiers au camp sous Casai. De là même il avait informé son ministre, le cardinal Barberini, du changement survenu dans les pouvoirs et dans les dispositions de Spinola, mais en le rassurant sur les conséquences de cet incident imprévu. En effet, quoiqu'il désapprouvât et qu'il eût vivement combattu la proposition nouvelle, elle ne lui paraissait pas un obstacle insurmontable à la paix1. Au fond, la situation restait la même, et à ses yeux il n'y avait là que des questions d'amour-propre. Mais Mazarin ignorait-il encore quel rôle joue l'amour-propre dans les affaires humaines, et quel empire il exerce sur les âmes les plus élevées? N'était-ce pas l'amour-propre et ses misères qui troublaient Spinola au sein même de sa gloire, et le jetaient, malgré tous ses instincts de droiture et de modération, dans des conduites si embarrassées? Et comment croire que l'amour-propre français, encore animé par les deux brillants succès de Veillane et de Carignan, s'accommoderait de cette distinction de la ville et de la forteresse de Casai, et consentirait à livrer l'une pour sauver l'autre? Il semble qu'aveuglé par sa raison même, Mazarin n'apercevait plus la puissance des passions qu'il

1 Dépêche du 11 août : c ... Qualsivoglia sospensione che si faccia, l'hoper avantaggiosa... ■

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