CHAPITRE NEUVIÈME
allait rencontrer sur son chemin : il ne craignit pas de se porter fort auprès du cardinal Barberini que le retour de la guerre était presque impossible. On sent du moins un cœur italien et une confiance généreuse dans ces mots du jeune diplomate : « Votre Éminence peut s'assurer que je n'épargnerai pas ma peine, et Dieu, je l'espère, dans une cause qui est la sienne, me donnera la force et le talent nécessaires pour concourir efficacement à soulager la pauvre Italie qui succombe sous le poids de tant de misères1. »
Revenu du camp espagnol en Piémont le 18 août*, Mazarin, après s'être concerté avec le duc de Savoie, se hâta d'adresser à Bagni une lettre évidemment destinée à passer sous les yeux de Richelieu, où il raconte tout ce qui venait de se passer, et tente avec des précautions infinies de présenter la nouvelle proposition sous le jour le moins défavorable. Il se plaint très-
* Dépèche du 11 août à Barberini : « ... Senza far lunarii, credo di poter dire che gran cose devano nascere per sturbar la pace... Vostra Eminenza s'assicuri che non si mancherà di diligenza che possa giovare per qualche verso ail' effettuatione délia pace, sperando che Iddio, trattandosi cosa di suo servitio, mi darà forza et ingegno d'adoperarmi corne conviene per il riposo délia povera Italia bastamenle afilitta dà tante miserie. »
* Lettre à Bagni du 19 août ; a Tornai hieri mattina dal campo dello Spinola sotto Casale , dove mi ha fatto trattenere nove giorni... •
vivement de Spinola, et se complaît à répéter à Bagni ce qu'il a dit de plus sévère et de plus hardi au vieux général, de peur de paraître s'entendre avec lui; mais il fait remarquer que sa proposition est plus désagréable que dangereuse, et qu'elle peut même tourner à l'avantage de la France en procurant une suspension d'armes assez • étendue pour sauver Casai1. En effet, la suspension d'armes aboutira selon toute vraisemblance à la paix, ou elle donnera aux Français le temps de rassembler leurs forces et de marcher au secours de la citadelle. Une autre considération bien puissante : le duc de Savoie désire avec passion cet arrangement; si donc les Espagnols par quelque artifice l'empêchaient de se résoudre en un traité de paix, le duc, reconnaissant leur injustice, se tiendra pour dégagé envers eux; il se déclarera pour la France, et Casai alors n'a plus rien à craindre; tandis que si, par une susceptibilité très-peu politique, on rompt dès aujourd'hui avec Spinola, il s'ensuivra une guerre terrible qui ne finira pas de sitôt, car l'Empire ne se séparera point de l'Espagne et gardera les passages de la Valteline, ainsi que la ville et la forteresse de Mantoue. Une telle guerre dans les circonstances présentes
1 Lettre à Bagni du 19 août : « ... Àssicurandosi con essa (la tregua) la cittadella più di quello che per altro si terrebbe... •