CHAPITRE NEUVIÈME
convient-elle au roi très-chrétien, lorsqu'il peut l'éviter?
« Il ne faut pas, dit Mazarin, se faire collusion : si la France peut envoyer sur-le-champ au secours de Casai une nouvelle et puissante armée, la suspension d'armes doit être* rejetée; mais si M. le Cardinal a besoin du moindre délai pour se mettre parfaitement «en mesure de secourir Casai, alors j'ose dire qu'il se faut résigner jusqu'à un certain point à la proposition de Spinola. M. le Cardinal sait mieux que moi l'état de la citadelle et combien de temps elle peut tenir encore ; pour moi, je l'ai reconnue du dehors, et je puis dire ce que j'ai vu de mes propres yeux^ étant allé dans tous les retranchements et les ouvrages d'approche des Espagnols, des Allemands et des Italiens. Spinola a eu beau me dire qu'en mettant toutes choses au pis il sera le 15 septembre dans la citadelle ; ces paroles ne m'en imposent pas, me souvenant fort bien qu'au mois de mai1 il m'avait assuré qu'il prendrait la place en quarante jours. Casai se défend admirablement, et je pense qu'elle peut tenir pendant tout le mois de septembre. Mais enfin, je ne suis pas militaire5, et il est cer-
1 Voyez plus haut, chap. vu, p. 323.
2 Lettre à Bagni du 19 août : « Ma in fine non son soldalo... Malgré cotte modeste déclaration, Mazarin entre ici, sur les opéra-
tain que les travaux des assiégeants font de grands progrès. Jean de Médieis et tous les ingénieurs m'ont plusieurs fois répété qu'à la fin d'août ils seront parvenus au pied des redoutes élevées par les Français. Les batteries allemandes et espagnoles tirent continuellement sur ces redoutes et leur font beaucoup de mal. On ne peut compter pour l'assaut que sur six mille fantassins, mais excellents. Deux régiments allemands traversent le lac de Gomo, et il arrive avec eux de nouvelles levées faites par Spinola ; ces levées, il est vrai, ne vont pas à mille hommes de pied, et six cents cavaliers allemands doivent les suivre. Le général espagnol presse chaque jour Walstein etCollalto de lui envoyer de nouvelles troupes. Walstein né songe plus à venir en Italie ni à attaquer la France; il a bien d'autres soucis : il voit le roi de Suède s'avancer en Poméranie avec une grande armée, pendant que les plus vieux et les meilleurs soldats de l'Empire sont inutilement retenus sur les bords du Pô. Pour Collalto, les instances de Spinola ne le touchent guère; il est bien résolu à suivre, selon les ordres qu'il en a de sa cour, la volonté quelle
tions du siège, dans les détails les plus précis qui témoignent d'une rare intelligence militaire. Sans nous y engager, disons seulement qu'ils sont présentés de manière à relever l'héroïque défense de Toiras, et en même temps à inquiéter le cardinal sur le résultat.