CHAPITRE NEUVIÈME
qu'elle puisse être du duc de Savoie. Il est venu ici faire visite à Son Altesse, accompagné du général Galas qui doit le remplacer dans le commandement des troupes allemandes, lorsque le plénipotentiaire autrichien retournera auprès de l'Empereur. L'armée du duc est encore belle et nombreuse; elle n'a pas moins de 42 ou 13,000 hommes de pied et près de 5,000 chevaux, outre les 3 à 4,000 Allemands qui sont à Turin1. »
Cette lettre habile, en restant dans les termes d'une impartialité sincère ou affectée, et en se bornant à montrer les dangers d'une rupture immédiate avecSpinola, était faite po.ur produire d'autant plus d'effet sur Richelieu, et l'incliner vers une suspension d'armes, achetée un peu cher peut-être, mais dont les avantages étaient évidents. Le cardinal savait par Toirars lui-même à quelle extrémité Casai était réduite, et il ne se dissimulait pas combien il lui importait de ménager et de retenir dans ses intérêts le duc de Savoie, devenu, grâce à Mazarin, l'arbitre des événements4, à la tête d'une armée capable de faire pencher la balance du côté où elle se porterait.
1 On se doute bien que Mazarin ne diminue pas ici la force de l'armée du duc de Savoie.
1 Mazarin s'en vante lui-même auprès de Barberini dans sa dépêche du 11 août : « Parendomi haver quadagnato assai in farne (délia pace) in un certomodo mediatore il duca di Savoia..* •
Cependant, qu'aurait fait le superbe Richelieu sans tous les embarras qui chaque jour s'accumulaient autour de lui? Aurait-il eu la force de dompter encore une fois son propre orgueil auquel déjà avaient tant pesé les premières propositions de Spinola1, et de braver l'opinion d'une nation impétueuse qui adore les coups d'éclat et ne sait pas toujours apprécier les résolutions moins brillantes que conseille la prudence? Mais les périls qui le pressaient de toutes parts l'avertissaient impérieusement de n'y point ajouter
1 Louis XIII lui-même, quoique fatigué et déjà même un peu malade, avait trouvé très-pénibles et presque humiliantes ces premières propositions. Il avait fallu que Richelieu, après avoir surmonté ses propres répugnances, combattit celles du roi par les mêmes et décisives raisons que lui avait données Mazarin. Àrch. desaff. étrang., Turin, 1630, t. III, fol. 51, lettre de Bouthilier au nom du roi à Richelieu, du 5 août : « ... Le roi a trouvé fort confuses les propositions du nouveau duc de Savoie, de Colalte et de Spinola, apportées par Mazarini ; il les a comparées à l'Apocalypse, puis, les ayant relues, les a trouvées un peu moins obscures, et il semble pencher à l'acceptation. » La lettre toutefois se terminait par ces mots : « Sa Majesté vous prie de ne rien signer sans que vous lui envoyiez communiquer. » — lbid., fol. 15. Réponse de Richelieu à Bouthilier : «... Si la paix est rompue, Casai est perdu, nous aurons la guerre pour longtemps, et la difficulté du lieu où on la fait, la peste, le manque d'argent, l'inconstance des François qui exposent volontiers leur vie en une occasion et manquent ensuite de persévérance, fera qu'apparemment tout ce que le Roy a en Piedmont suivra la fortune de Casai ou de Mantoue... » — Ibid., f. 145. Réponse définitive du roi, du 12 août, cédant avec peine aux raisons de Richelieu et lui conférant des pleins pou* voirs. Voyez sur tout cela Richelieu, t. VI, p. 257, etc.