CHAPITRE NEUVIÈME
celui (Tune guerre incertaine pour laquelle il n'était pas encore prêt et qu'il ne pouvait plus songer à conduire lui-même. Au lieu donc de se révolter contre la nécessité, il entra dans les vues de Mazarin, et lui donna toute sa confiance, il le lui dit au moins, et autorisa d'Effiat à s'entendre avec le jeune diplomate sur le nouveau projet d'armistice du général espagnol1.
Depuis le départ de Louis XIII, le cardinal était resté, comme nous l'avons dit, à Saint-Jean-de- Maurienne, avecChâteauneufetSchomberg, occupé à rassembler les renforts que réclamaient à grands cris nos généraux d'au delà des Alpes. Il proposa le commandement de ce nouveau corps au maréchal de Créqui, qui connaissait bien les lieux et dont la fidélité égalait la capacité ; mais il n'était pas possible d'étendre l'autorité du nouveau chef sur des généraux qui venaient de faire si dignement leurs preuves; tandis que le fier et obstiné Créqui ne voulait servir que selon son grade du plus ancien maréchal de France, auquel il attachait le droit de
1 Lettre de Richelieu à Mazarin, du 25 août, en réponse à sa lettre du 19, Arch. des aff. étrang., Turin, ibid.f fol. 245 : t ...Pour ce qui est du dépost de Casai, le Roy consentira celui de la ville pour venir à une bonne paix. Il désireroit quelques conditions que vous dira M. d'Effiat, à qui j'escris en chiffres amplement, lui mandant qu'il ait entière confiance en vous, comme vous sçavez bien, je m'asseure, que je l'ai de mon costé.... »
commander l'armée toutentière. En vain le cardinal, qui l'estimait et l'aimait, lui offrit-il de joindre à son gouvernement du Dauphiné celui de la Savoie que le maréchal demandait et souhaitait avec passion : l'idée de n'être pas ouvertement le premier, de partager le. pouvoir avec des collègues qu'il ne croyait pas ses égaux, et d'être condamné peut-être, selon le tour du service, à se trouver subordonné à l'un d'entre eux, ne fût-*e qu'un jour, le rendit insensible à toutes les offres, à toutes les caresses1. Après Créqui, l'homme assurément le plus capable d'un commandement de cette importance était le maréchal de Schomberg, aussi ferme, aussi résolu, aussi dévoué que d'Effiat, avec un esprit plus élevé et des vues plus politiques. Richelieu aurait bien voulu le garder auprès de lui pour le conseil et pour l'action dans les luttes qu'il prévoyait ; mais l'intérêt suprême des affaires d'Italie l'emporta sur son propre intérêt, et Schomberg accepta tout ce qu'on voulut des mains de celui qui lui était un ami et un maître. 11 ne fut d'abord qu'un général de plus, à côté de Montmorenci, de d'Effiat et de la Force; mais
1 Créqui avait été fait maréchal par Luynes en 1620. Il est curieux de voir dans les Mémoires de Richelieu, t. VI, p. 254, etc., et Àrch. des aff. étrang., France, t. LUI, jusqu'où Créqui poussa la résistance, donnant là un exemple que suivit plus tard un de ses plus illustres descendants sous Louis XIV.