CHAPITRE DEUXIÈME
Alpes, ni français -ni italien f Charles-Emmanuel ne connaissait qu'un intérêt, celui de sa mai* son, et il ne poursuivait qu'un seul but, l'agrandissement de ses États. Étouffant dans des limites trop étroites, il aspirait à prendre sou essor, et à s'étendre aux dépens de qui que ce fût. Né en 1562, à peine arrivé au trône, en 1580, sa première entreprise avait été sur Genève qu'il tenta * __
d'enlever. Sous Henri III, voyant la France occupée chez elle et croyant s'en pouvoir jouer impunément, en pleine paix, sans le moindre prétexte, au mépris de toute foi publique en Europe, il s'était jeté sur le marquisat de Saluées qu'un traité solennel nous assurait, uniquement parce que ce marquisat était à sa convenance. La Ligue avait exclu du trône de France le roi de Navarre et le prince de Côndé comme protestants : Charles-Emmanuel osa y prétendre au nom de son zèle pour l'Église et en qualité de fils de Marguerite de France, tante des trois derniers rois. Il envahit à la fois la Provence et le Dauphiné, fit son entrée à Aix le 1 8 novembre 1 590 , et y fut proclamé comte de Provence par le parti de la Ligue. Mais bientôt il avait été forcé de reculer devant la Valette et Lesdiguières ; il avait perdu toutes ses conquêtes; etunefois enpaixavec l'Espagne1, Henri IV
«Traité de Venins, du î mai 1598; Dumont, ibid., t. V, Impartie, p. 561.
lui avait demandé compte de la saisie du marquisat de Saluées. Le duc de Savoie avait tout fait pour éluder cette réclamation. Passant de la violence à la ruse, il était venu lui-même à Paris, en 1599, essayer d'amuser Henri par de vaines paroles. Là, pendant qu'il traitait avec le roi et l'entourait de flatteries, il avait connu et favorisé de toutes ses forces la conspiration de Biron. Il avait fallu qu'en i 600 le Béarnais, las de ses perfidies, marchât contre lui : en moins de trois mois il s'était emparé de toute la Savoie; il aurait pu la garder; mais les temps n'étaient pas venus; le pouvoir du nouveau roi n'était pas assez fermement établi en France et en Europe ; il se contenta d'infliger à ce déloyal voisin une sérieuse leçon, et il fit avec lui un traité1, également favorable aux deux parties, qui cédait au duc de Savoie le marquisat de Saluées enclavé dans ses États, et nous donnait la Bresse, le Bugey et le pays de Gex qui appartiennent essentiellement au territoire français. En même temps, il lui fit comprendre qu'il y avait entre le Piémont et la France un lien naturel, le commun besoin d'arrêter et d'abaisser la puissance autrichienne en Italie. C'est Henri IV qui a tracé au Piémont sa destinée : il voulait en faire un État
«Traité de Lyon, 17 janvier 1691; Dumor.t, t. V, 2* partie, p. 10.