CHAPITRE NEUVIÈME
mier était le marquis Maillé de Brézé, qui avait épousé une sœur du cardinal et en eut -Claire de Brézé, depuis princesse de Gondé, et le brillant amiral Armand, duc de Fronsac, qui s'illustra dans la Méditerranée et fut tué, à vingt-sept ans, devant Orbitello. Le marquis était déjà capitaine des gardes du roi, et ne tarda pas à devenir duc et maréchal; il ne manquait pas de talent, il était surtout d'une bravoure incontestée : arrivé un peu avant le combat de Carignan, il y avait pris part et s'y était distingué en volontaire1. Le second officier envoyé par Richelieu était un homme d'une trempe tout autrement rare, nonseulement réputé brave entre tous les braves, mais ayant en lui lame et le caractère d'un véritable homme de guerre, la Meilleraie, qui s'était signalé à la Rochelle, devint grand maître de l'artillerie, et reçut bientôt des mains de Louis XIII le bâton de maréchal de France sur les murs de Hesdin, emporté d'assaut. Schomberg et d'Efïiat choisirent ces deux amis du cardinal pour aller porter le traité d'armistice au camp piémontais, où se trouvaient réunis le duc de Savoie, Collalto, et le marquis de Sainte-Croix représentant Spinola resté malade en son camp sous Casai. Victor-Amédée et le général autrichien signèrent
* Mercure françoisf 1630, relation du combat de Carignan, p. 673.
delà meilleure grâce1. Le marquis de Sainte- Croix, officier estimé mais sans grande énergie, voyant son chef en danger et les affaires un peu en désordre, regarda l'armistice comme une bonne fortune, et suivit très-volontiers l'exemple de Collalto et du duc de Savoie*. Un ordre de Richelieu ayant rappelé la Meilleraie, Brézé, chargé seul d'aller communiquer le traité à Toiras, invita Mazarin à l'accompagner, celui qui avait tant contribué, à la conclusion de la trêve paraissant nécessaire5 à son parfait ac-
1 Lettre de d'Effiat à Richelieu, du 7 septembre, Arch. des ait. étrang., Turin, ibid., fol. 388 : t M. de la Meilleraie est revenu, qui nous a rapporté que ces Messieurs ont trouvé les articles de la trêve fort bien, comme M. le maréchal de Schomberg vous les aura envoyés.... Au reste, on leur a faict la meilleure chère du monde. M. le marquis de Brézé et M. delà Meilleraie soupèrent hier avec Son Altesse, et M. le marquis de Brézé est parti ce matin pour aller à Casai »
* Benedelti, p. 35 : « Il marchese di Santa Croce, trovate tutte le cose in disordine për la mancanza del générale, stimô a sua forluna che dà Mazarini se gli facesse istanza di sottoscrivere questa tregua che vedeva già seguita dal duca di Savoia e dal Collalto, per polere col respiro di qualche giorno riconoscer meglio lo stato délie forze del suo Re. » Brusoni, p 162 : • Imbrogliato perô il Santa Croce délie solite sue perplessità d'ingegno e di parlito, non ebbe né ardimento né consiglib per disdire a Mazzarini la sottoscrizione di quella tregua che vedeva segnata dal duca di Savoia e dal Collalto. »
3 Arch. des aff. étrang., Turin, ibid., fol. 375. Vlnslruction donnée à M. le marquis de Brézé, allant à Casai pour la trêve générale, le 5 septembre, recommande à Brézé <1e prier Mazarin de l'accompagner à Casai.