CHAPITRE NEUVIÈME
le siège de Casai avait traîné en longueur, tandis que son rival, sans se donner grand'peine, avait mis le comble à sa réputation par la prise de Mantoue. Le roi d'Espagne l'avait dépouillé de ses pleins pouvoirs, et il lui avait fallu en faire lui-même l'aveu après l'avoir longtemps caché, même à son propre fils. Il souffrait aussi de la pensée que le roi de France et Richelieu l'accusaient sans doute d'avoir voulu les tromper. Dans sa longue carrière il n'avait jamais cherché que la gloire, et loin de s'enrichir il s'était appauvri à la tête des armées1. Pour un tel homme, dont l'honneur était la vie, les affronts qu'il venait de recevoir étaient un arrêt de mort.
Le 7 septembre, Mazarin vint lui faire visite. Il le trouva déjà très-mal, ne parlant plus et presque sans connaissance. Dès qu'il se fut approché de son lit, le vieux général fixa sur lui ses yeux à demi éteints, et retrouvant tout à coup la parole il l'appela par son nom, l'embrassa étroitement2, et laissa échapper ces mots qui trahissaient le trouble de son aine. « Vous
1 Lettre à Bagni : « ... È morlo con 28 mille scudi di rendit a di 100 mille che n'haveva quando comiuciôa militare..,. *
* Dépêche à Barber i ni : « Sono giunlo qui lioggi insieme con il marchese di Bresse et il commendalor Paser, et sono inlralo per veder il marchese Spinola che, secondo quello mi hanno detto, dà sei giorni in quà non parla e non conosce. E subito che mi
êtes un homme de bien, et moi je le suis aussi. » Quelques moments après, il s'écria avec l'accent du désespoir.: « Ils m'ont ôté l'honneur! » Et se tournant de l'autre côté du lit, il se répandit en plaintes amères contre Olivarès et le roi d'Espagne : « Voilà donc la récompense de quarante années de service dans les conseils et dans les camps! Les Espagnols m'ont ravi ma réputation , et en un seul jour ils m'ont fait perdre toute la gloire que j'avais acquise à force de sueur et de sang aux yeux de l'Europe. » Puis, interrompant ce triste monologue, et s'adressant à Mazarin comme à un ami , il lui demanda s'il ne connaissait pas un ermitage où il pût aller cacher sa honte et finir ses jours loin du commerce des hommes1. Qu'on juge de l'effet d'une pareille scène sur l'imagination du jeune Italien!
Reconnaissant aisément la source du mal du noble vieillard, Mazarin s'empressa de lui an-
sonc accostato al letto, mi lin fissato gli occhi e m' ha conosciulo in modo che m1 ha nominato e delto molle parole, abbracciandomi strettamente.... »
1 Ces détails sonl fidèlement tirés de la narration de Benedetti, p. 29-33, et de celle de Brusoni, p. 158 et 159. 11 n'est pas vraisemblable que Benedetti ait inventé les mots qu'il attribue à Spinola et qu'il donne en espagnol: « V. S. es hombre da bien; perd yo Lambien. » Et : « Me han quittado la honrra... * Mazarin se borne à résumer la scène dans les lignes suivantes, dépêche à Barberini : c .,. Mi sovviene che già mi disse che il regli levava la