‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 25 sur 282 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

italien, et lui donner l'opulente Lombardie en échange de la pauvre Savoie, si bien faite pour la France par sa position, par ses mœurs, par sa langue, par tous ses intérêts qui la rattachent au Dauphiné et au Lyonnais, tandis que les Alpes et bien d'autres barrières la séparent de la Péninsule1. Le dernier poignard de la Ligue ayant frappé Henri au moment où il allait commencer l'exécution de ses desseins, après lui et à son exemple, Luynes fit tous ses efforts pour unir indissolublement Charles -Emmanuel à notre cause. 11 l'arracha en 1618 des mains du redoutable gouverneur de Milan, Pierre de Tolède, qui déjà avait pris Verceil et s'avançait sur Turin; et en 1619 il maria son fils aîné, Victor- Amédée, à une des filles d'Henri IV, la belle et aimable Chrestienne, depuis, la célèbre Madame Royale. Le duc de Savoie sollicitait toujours et recevait avec des transports affectés de reconnais-

1 Cette pensée d'Henri IV a été constamment celle de Richelieu : il la conçut, comme nous le verrons, dès 1630, et en 1634 et 1635, il envoya et entretint une armée au delà des Alpes, sous cette expresse condition que le Piémont nous céderait en Savoie tout ce que nous lui gagnerions en Lombardie. Le traité existe, et il reçut un commencement d'exécution, avec le concours des princes italiens et sous les auspices du Pape. Héritière de toutes les grandes pensées de la monarchie, la révolution française reprit l'œuvre de Richelieu ; et, grâce à Dieu, nous avons vu cette politique séculaire de la France triompher définitivement à Magenta et à Solferino, et l'Autriche elle-même la reconnaître à Villafranca.

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sance tous les services et les bienfaits de la France, et le lendemain il les oubliait à la première apparence d'un intérêt contraire. Sa duplicité était si bien connue que Luynes eut de la peine à faire consentir le conseil de Louis XIII, composé pourtant des vieux ministres du grand roi, à une alliance dont la pensée remontait à Henri IV lui-même ; et l'austère et éloquent garde des sceaux Du Vair s'était écrié en plein conseil : « Le mariage que vous voulez faire mettra un serpent dans notre sein1. » En effet, un an à peine écoulé, dès 1620, Charles-Emmanuel se joignait arti fi ci eu sèment aux ennemis de Luynes. Naguère, il avait mis la main dans la conspiration de Biron ; depuis, il ne se forma pas un mauvais dessein contre nous qu'il n'y prît part ; il s'associa à toutes les intrigues du dehors et du dedans pour arrêter la fortune de la France et renverser Richelieu *.

C'était surtout vers les belles plaines du Montferrat que se portaient depuis longtemps les regards du duc de Savoie ; et aux approches de la mort de Vincent II, nous l'avons vu revendiquer pour luimême cette importante partie de l'héritage du duc expirant, au nom des droits chimériques de sa

1 Voyez nos Études sur le duc et connétable de Luynes dans le Journal des Savants, mai 1861 , p. 276.

1 Madame de Chèvre ose, chap. u et m, avec les notes de 1 'Appendice.

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