‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 241 sur 282 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

nier grand homme de guerre qu'ait eu l'Espagne depuis le duc d'Àlbe et Farnèse, toujours vainqueur dans les Pays-Bas, moins heureux en Italie, et qu'Olivarès sacrifia à ses propres ombrages et au ressentiment de Charles-Emmanuel, quand bientôt il allait en avoir un si grand besoin en Piémont, en Roussillon et en Flandre.

Pendant que l'armée espagnole perdait son illustre chef, le commandement de l'armée française se resserrait et se fortifiait. Depuis plus dun mois, le duc de Montmorenci avait demandé à rentrer en France; la trêveconclue, il avait quitté l'Italie, et d'Effiat, épuisé par la fièvre et n'étant plus qu'une ombre de lui-même, avait bien été forcé de le suivre. Tous deux furent reçus à Lyon parle roi et par le cardinal avec les témoignages de la plus haute estime ; on leur promit à l'un et à l'autre le bâton de maréchal de France que certes ils méritaient bien, et ils l'obtinrent quelques mois après au commencement de 1 651 . En attendant, Richelieu n'était pas fâché de les avoir auprès de lui, avec Bouthilier, .Châteauneuf, la Valette et le cardinal Bagni, pour les opposer au duc de Guise, au duc de Bellegarde, au maréchal de Bassompierre, et aux autres personnages très suspects qui entouraient le roi et les deux reines. Schomberg, resté en Italie avec la Force, mare-

chai de France comme lui, prit aisément le pas sur son collègue, et, sans avoir le titre de général en chef, en exerça toute l'autorité. Ses talents et son caractère la lui donnaient naturellement, quand même il n'eût pas possédé la confiance entière de Richelieu et les pouvoirs secrets de plénipotentiaire qu'il déploya librement après le départ de d'Effiat et de Montmorenci. Issu d'une famille allemande nouvellement établie en France, Henri deSchomberg était essentiellement, comme on disait au dix-septième siècle, un homme de service, et il a tour à tour admirablement servi comme diplomate, comme financier, comme militaire. Henri IV l'employa utilement dans la grande et difficile affaire de la pacification religieuse et de cet édit de Nantes que repoussaient également la passion catholique et la passion protestante. Après la mort du grand roi, Schomberg ne se donna pas à Marie de Médicis et au maréchal d'Ancre ; mais, dès le premier ministère de lévêque de Luçon en 1616, il en accepta une mission diplomatique en Allemagne, et c'est pour lui que furent rédigées ces belles instructions qui annonçaient Richelieu1. Luynes le discerna, et le fit entrer comme surintendant des finances dans le cabinet. Il ne larda pas à s'y faire re-

* Voyez Lettres, Instructions diplomatiques et papiers dfjal de Richelieu, par M. A vend, t. I.

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