CHAPITRE NEUVIÈME
marquer par ses mâles conseils, et se distingua particulièrement dans la campagne de 1620, où il accompagna et seconda de son habile énergie le jeune roi et son entreprenant favori. 11 fut plus fidèle au connétable que la fortune; après lui, il tint à honneur de partager la disgrâce de ses amis et demeura quelque temps dans la retraite. Richelieu qui le connaissait l'en tira et le rappela dans les affaires. Schomberg lui fut encore plus dévoué qu'à Luynes, parce que Richelieu lui inspirait une bien autre confiance. Il avait été, avec Toiras, un des héros de la Rochelle : là, comme autrefois à Montauban, il avait combattu, non pas tant le protestantisme qu'une faction ennemie de l'État et liguée avec l'étranger. C'est encore pour l'État que plus tard, en 1632, à Castelnaudari, il combattra le léger et aventureux Montmorenci, devenu criminel au premier chef et ayant tiré l'épée sous le plus misérable prétexte contre le roi et son ministre, de concert avec le duc d'Orléans et la reine mère poussés par la Lorraine et par l'Espagne. Schom* berg mourut presque en même temps que d'Effiat; mais, plus heureux que lui, au lieu de l'ingrat et présomptueux Cinq-Mars, ib laissa à la royauté et à la France un autre loyal et éminent serviteur dans son fils Charles de Schomberg qui, lui aussi, conquit par sa bravoure et ses ta-
lents le bâton de maréchal, battit les Espagnols a Leucate, prit Lérida qui avait résisté à d'IIarcourt et à Condé, traversa la Fronde en se tenant éloigné de toute intrigue, ni factieux ni courtisan, dédaignant les partis, ne connaissant que son devoir, et l'accomplissant avec fermeté et modération, le digne mari enfin de madame de Hauleforl *.
Schomberg, comme d'Effiat, s'était résigné à la trêve du 4 septembre, parce que c'avait été Ta vis de Montmorenci, de la Force, de tous les officiers généraux, etqueToiras leur représentait Casai réduite aux derniers abois ; mais maintenant, se trouvant à la tête de l'armée et seul revêtu de pleins pouvoirs, il était bien décidé à n'accepter aucun traité qui pût faire rougir la signature royale dont il était dépositaire. Aussi, dès le commencement de la trêve, il travailla sans relâche à se mettre en état de reprendre les armes dès qu'elle serait expirée. Son àme était à la hauteur de celle de Richelieu. Ils connaissaient tous deux les dangers qu'ils allaient courir, et ils étaient déterminés à y faire tête et à ne pas livrer, pour se tirer d'embarras, l'honneur et l'intérêt de la France. Rien de plus élevé, de plus noble, de plus touchant que leur correspon*
1 Voyez Madame de Haute for t.
CIIAl'ITItK MUVIEME. 5iô
(lance l en ces jours critiques. Us semblent disputer de patriotisme, d'énergie, de prévoyance. Schomberg se hâta de faire savoir à Toiras que, si le 15 octobre une paix honorable et sûre n'était pas conclue, le 16 il se mettrait en marche pour aller le dégager, lui, la forteresse et par conséquent la ville même, selon les prescriptions formelles du traité d'armistice. 11 trouva moyen de lui envoyer de l'argent, et lit étudier avec soin les routes qui pouvaient le plus directement conduire à Casai. 11 s'établit en Piémont dans les quartiers les meilleurs, prévint ou combattit la contagion par des soins judicieux, surtout par Tordre et par la discipline, et s'appliqua à soutenir et à relever l'esprit de l'armée, en y répandant le bruit que bientôt une paix serait faite à laquelle les plus braves applaudiraient, ou bien recommencerait une guerre où il y aurait à cueillir de nouveaux lauriers. Ce bruit retenait à leur poste tous les gentilshommes, et entretenait dans les camps cette bonne humeur, cette gaieté belliqueuse nécessaire au soldat français et qui lui
1 Celle correspondance esl loul entière parmi les papiers de Richelieu, Archives des affaires étrangères, fond France, et surtout fond Turim, 1630, t. 111, fol. 476, lettre de Schomberg à Richelieu du 25 septembre, du camp de la Mante; ibid.,îo\. 509, lettre du 30 septembre; t. IV, fol. 17, lettre du 2 octobre; ibid>, lettre du 6 octobre; ibid., fol. 55, lettre du 11 octobre, etc.
bii LA JEUNESSE DE MaZARLN.
est à la (bis le gage et la condition de la victoire. En même temps le maréchal pressa la république de Venise de rassembler toutes ses troupes et d'opérer la diversion la plus forte qu'il se pourrait sur le Milanais et le Mantouan \ 11 ne cessait aussi de demander à Richelieu de prompls secours, lui marquant bien que s'ils n'étaient pas arrivés à Suse le 9 octobre au plus tard, ils étaient inutiles et la campagne perdue. Il parlait à un homme qui n'était pas moins vigilant que lui : le cardinal lui envoya tout ce qu'il avait sous la main dans le Lyonnais et le Dauphiné; et, la menace d'une invasion de la Champagne par les Impériaux étant à peu près dissipée, il rappela les troupes qui gardaient cette frontière, et donna l'ordre à celui dqui les commandait, le mar.échal de Marillac, frère du garde des sceaux et qui s'entendait avec lui, d'aller rejoindre et fortifier l'armée française au delà des Alpes2.
C'est dans ces dispositions et au milieu de ces préparatifs que Schomberg attendit les événements.
Mazarin désirait la paix avec la double ardeur
1 Arcli. des aff. é.trang., France, t. LUI, fol. 434, Schomberg à Richelieu, 25 septembre 1G30.
* Arch, des aff. étrang., Turin, 1(330, t. IV.. fol. 28, 3 octobre. Instructions données au maréchal de Marillac.