CHAPITRE NEUVIÈME
cette assemblée et surtout la conduite des deux ambassadeurs français, M. de Léon et le père Joseph, il faut bien se rendre compte des difficultés qu'ils avaient à vaincre et de l'état où se trouvaient alors les affaires. Mantoue venait d'être emportée d'assaut par les Autrichiens, et les Espagnols semblaient bien près de s'emparer de Casai. Walstein menaçait d'envahir la Champagne. Gustave-Adolphe commençait à peine h paraître. Les ennemis de Richelieu, encouragés par Marie de Médicis, levaient partout la tête, et depuis le mois d'août la santé du roi empirant toujours présageait la chute du grand ministre et les embarras d'un gouvernement nouveau. Mazarin, comme tous les amis de la paix, avait fort applaudi à l'envoi d'une ambassade française; il prétend même en avoir donné la première idée à Richelieu, et ne croyant guère aux talents de M. de Léon, il avait mis toutes ses espérances dans le père Joseph1. Au contraire, le parti de la guerre avait vu avec déplaisir des représentants de la France arriver à Ralis*
1 Dépêche au cardinal Barberini du 14 août : « Io pregai il si* gtior card» di Richelieu che sotto qualche pretesto facesse inviar con tilôlo d'ambascialore persona ben informata in Alemagna, et sebene monsù di Leone non è molto di questo mestiere, havrà supplito il padrp Giuseppe capuccino. al qnnle ho scritlo due lellere informandolo del seguito dopo la su.i \ arleiizu di Savoia. . . »
548 LA JEUNESSE DE MAZÀRIiY
bonne, et Collalto élait l'interprète de ce parti lorsqu'il disait à Mazarin que l'Empereur ferait très-bien de les congédier le plus tôt possible, parce qu'ils venaient pour endormir et arrêter l'Autriche au milieu de ses succès, et lui enlever peut-être par leurs intrigues la majorité dans le collège des Électeurs1. M. de Léon et le père Joseph avaient pleinement justifié les craintes de Collalto. Us avaient peu à peu gagné le cœur de la diète en lui répétant que la France n'avait pas la moindre intention de faire des conquêtes en Italie, qu'elle ne songeait pas à dépouiller le duc de Savoie et voulait seulement rétablir son allié le duc de Mantoue dans la possession de ses États, qu'ainsi la guerre était aussi inutile que ruineuse, que l'Autriche s'y était laissé engager et y entraînait l'Allemagne par pure condescendance envers l'Espagne, et qu'il était aisé d'y mettre un terme en ordonnant aux Impériaux et aux Français de quitter ensemble l'Italie. Parmi les Électeurs ils s'étaient habilement ménagé l'appui du duc de Bavière, et celui-ci, que blessait dans son orgueil militaire la suprématie de Walstein, avait poussé la diète à demander, sous divers prétextes, qu'on lui ôtât le titre de généralissime.
1 Nus haut, chap, vm, p. 442.