‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 245 sur 282 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

L empereur Ferdinand, sans prévoir jusqu'où se porterait un jour l'ambition du duc de Friedland, mais s'en défiant déjà par un secret instinct, l'avait assez facilement sacrifié; et le désir de complaire à une assemblée dont il avait besoin, surtout l'approche ,de Gustave-Adolphe, le portaient à s'accommoder avec la France. Les favorables dispositions de l'Empereur transmises à Collalto avaient changé la conduite et le langage du général autrichien, qui n'avait plus mis d'obstacle à la suspension d'armes du 4 septembre. Il était difficile de ne pas répondre à toutes ces démonstrations bienveillantes par quelques concessions. Les nouvelles de plus en plus graves que nos deux ambassadeurs recevaient de Lyon leur faisaient aussi un devoir de ne pas rejeter à la légère, en de pareilles conjonctures, des propositions de paix, alors même qu'elles contenaient plus d'une condition médiocrement avantageuse. Enfin rappelons-nous le caractère de celui qui à Ratisbonne, sous un titre modeste, était le véritable chef et comme l'âme de notre ambassade. Le père Joseph était assurément très-dévoué à Richelieu, mais il le servait à sa manière, en suivant un peu ses propres pensées, et sans reculer devant la responsabilité de ses opinions et de ses actes. L'intérêt français était sa première loi, et l'intérêt fran-

çais, à la fin de septembre, lui paraissant demander la paix, il ne craignit pas d'engager sa parole à ses risques et périls. De là le fameux traité signé seulement le 15 octobre, mais arrêté auparavant et lorsqu'à Ratisbonne on apprenait que Louis XIII était mourant. Le roi, en effet, pensa mourir le 30 septembre. Quelques jours après, la situation était changée : Louis XIII était sauvé, et l'alliance qu'on négociait en secret avec Gustave-Adolphe était presque assurée. D'autres circonstances, une autre conduite. Richelieu fit bien alors de blâmer et de désavouer ses ambassadeurs; mais il ne s'en suit pas que le capucin homme d'État ait eu tort de consentir dans les premiers jours d'octobre à un traité qu'il jugea nécessaire. Reste à savoir s'il avait le droit de le signer, question bien des fois agitée, et que Mazarin trancha de bonne heure par cette considération décisive : « Le plein pouvoir, dit-il, ne se suppose pas, il se prouve; on n'affirme pas qu'on a des pleins pouvoirs, on les montre; sinon on n'est pas accrédité comme plénipotentiaire, et tout ce qu'on fait est soumis à ratification. » Et il n'hésite point à dire que si le père Joseph se donne pour plénipotentiaire, il outre-passe ses pouvoirs et cède à « cet esprit dominateur qui le pousse toujours à agir comme s'il ne relevait que de lui-

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