CHAPITRE NEUVIÈME
d'aboutir à la paix. Il devait alors joindre ses troupes à celles de Schomberg, marcher au secours de Casai, entrer dans le Milanais et commander lui-même l'armée. Tout était convenu et le traité préparé * ; il ne s'agissait plus que de le signer. Leduc, sans refuser sa signature, différait toujours de la donner sous divers prétextes, et il cherchait péniblement sa route entre les précipices ouverts sous ses pas*. L'impatient Richelieu sommait Mazarin de rappeler au duc de Savoie la parole donnée; fatigué de délais sans cesse renaissants il en revenait à ses premiers soupçons, et ne savait trop si le duc et Mazarin n'étaient pas au fond d'accord avec les Autrichiens et les Espagnols5.
Combien il était loin de la vérité! Mazarin était
• Àrch. des aff. étrang., Titrw, 1630, t. III, fol. 472 : • Articoli per l'unione di S. M. Cristianissima col signor duca di Savoia in Villa marina, 20 septembre 1630. t
8 Dépêche de Mazarin à Barberini du 5 octobre : «... S. Altezza sta in gran perplessità, ne ve.de strada dà sotlrarsi dali1 imminente niaggior rovina... »
5 Ibid., Turin, 1630, t.IV, fol. 41 , Richelieu à Schomberg, du 7 octobre : «... Je reprends la plume pour vous dire que Mazarin ne m'a point escrit, comme il vous avoit dit, la promesse que M. le prince de Piedmont lui a faite de se tourner du costé du roy pour le secours de Casai, au cas que la paix ne se fist point dans le 15 d'octobre. Cela me donne grand lieu de croire qu'il nous trompe et qu'il favorise nos ennemis en ce qu'il peut . . » Richelieu répond ce même jour aux diverses lettres de Mazarin par un billet où, sous une politesse froide et calculée, perce un aigre ressentiment des procédés du duc de Savoie, qui est bien
si indigné de la conduite des Espagnols qu'il ne craignit pas de la reprocher en face au marquis de Sainte-Croix et au duc de Lerme : « J'avais droit de le faire, dit-il, car ils savent que je connais leurs intentions. Je les priai de me dire ce qu'ils pourraient répondre, si on les accusait de n'avoir traité avec les Français que pour les tromper : après avoir obtenu tout ce qu'ils voulaient sous la promesse de faire la paix, ils refusent maintenant de la conclure; et je leur demandai quel châtiment ne méritaient pas ceux qui jetaient ainsi la chrétienté dans un abîme de misères. » Il se servit même avec eux de termes qu'il n'ose répéter au cardinal Barberini1. Il se plaignit aussi avec une grande liberté au comte de Collalto, et pressa le duc de Savoie
prés de s'étendre jusqu'à son conseiller. Ibid. « ... Pour réponse, en louant vostre zèle et la bonne intention que vous avez à la paix, je ne puis que je n'aye du desplaisir de ce que jusquesà présent nous n'avons vu aucun effect des assurances que vous avez toujours données... Vous sçavez la passion que j'ay toujours eue à honorer M. de Savoye et à désirer son bien. J'y persisterai avec fermeté, désirant qu'il profite des occasions qui se présentent pour son avantage, comme M. le maréchal de Schomberg et le marquis d'Effiat m'ont escril que vous les aviez assurés qu'il le vouloit faire. »
• -Dépêche de Mazarin à Barberini du 5 octobre : «... Al Marchese e Lerma ho parlato più fuor de' denti, havendo in mano dà farlo e sapendo essi non essermi nascosta la loro intentione... V. Eminenza creda che ho delto più, ma non mi arrischio diriferirlo; potrebbe perô scusarsi la libertà, essendo troppo evidenti le cause ùà dolersi.. i»