CHAPITRE NEUVIÈME
avec tant de force de prendre un parti et de tenir sa parole qu'à la fin, désespérant de vaincre ses irrésolutions, il alla presque jusqu'à lui manquer de respect. Le duc lui demandant un jour ce qu'il pouvait faire de plus en faveur de la paix, Mazarin, qui si souvent et toujours inutilement lui avait fait entendre le langage de l'honneur et de la raison, pour toute réponse se contenla cette fois de hausser les épaules. Nous aurions peine à le croire, s'il le disait à un autre qu'à son ministre le cardinal Barberini, mais c'est à ce haut et grave personnage qu'il raconte cette anecdote, en s'excusant d'une telle confidence1. Il aurait bien souhaité que, dans une affaire où il y allait du repos du monde, le père de la chrétienté agît ou du moins parlât avec plus de fermeté ; mais n'osant exprimer un tel vœu en son nom, il le met dans la bouche du duc de Savoie. « Le duc, dit-il, se déclare prêt à exécuter les ordres du pape. Il voudrait que le saintpère élevât la voix contre ceux qui s'opposent à la paix, et se portât à quelque démarche publique pour arracher l'Italie à la ruine et à la servi-
* Dépêche de Mazarin à Barberini du 5 octobre : « 11 duca
é resta to servito di pregarmi moite volte in un giorno che lo consigliassi che cosa puô fare di più per la pace; ma non gli ho potuto dare allra risposta che slringermi nelle spalle... servendomi délia confidenzaper far scudo alla liberlà cou laquale dico il vero che non ha risposta. »
tude1. » On le sent désespéré de n'avoir autour de lui que des gens timides et médiocres; il ne trouve d'énergie, de résolution, de suite, que dans la France et dans ses représentants.
C'est vers la fin de septembre que le colonel Piccolomini arriva de Vienne, apportant à Collalto une lettre de l'Empereur, où Ferdinand expliquait nettement sa politique à son lieutenant favori. Il désirait sincèrement la paix avec la France, mais il entendait prendre ses sûretés avec elle, et, craignant qu'une fois libre en Italie elle ne se tournât contre l'Autriche en Allemagne, il avait proposé à M. de Léon un article par lequel le gouvernement français s'engageait à ne s'unir sous aucun prétexte aux en" nemis de l'Empire présents et futurs. La lettre impériale annonçait que M. de Léon avait accepté cet article, et recommandait de l'introduire dans le traité qui se préparait en Italie. Il se tint à cette occasion une conférence où l'on appela le chargé d'affaires pontifical. Le général autrichien fit connaître la volonté de l'Empereur, et déclara que si le maréchal de Schom-
1 Dépèche de Mazarin à Barberini du 5 octobre : <r 11 duca
ha detto che in ogui caso aderirebbe sempre à concelti di Sua Bealiludine, la quale vorrebbe S. A. che havendone tanta occasion e parlasse con molto senso contro quelli che difficoltano la pace, e facesse anche di più per liberar questu provincia dal rischio che corre, nella quale Sua Sanlità vi è per la sua parte... »