CHAPITRE DEUXIÈME
petite-fille. Nous avons rappelé les solides réponses qu'on opposait à ses prétentions. Il les soutenait en répandant le bruit qu'on avait fait violence à la princesse Marie pour lui faire épouser le fils de Charles de Gonzague. On démentit aisément ce bruit mensonger en produisant une lettre de la princesse elle-même, écrite à sa mère, où elle déclarait qu'elle était parfaitement contente, et se félicitait de ce mariage comme du plus grand bonheur qui lui pût arriver1. Le Pape avait essayé, par son nonce à Turin, de faire sentir au duc de Savoie l'injustice de ses projets. L'ambassadeur de Venise n'avait pas été plus heureux que le nonce. Charles-Emmanuel n'avait pas mieux accueilli l'avis du père Monod, supérieur des jésuites de Turin, le directeur spirituel de sa famille, ni même les prières de sa belle-fille, Chrestienne de France, qui le conjurait de ne pas allumer une guerre déplorable entre son ancienne et sa nouvelle patrie1. Rien n'avait éclairé ni retenu l'ardent et téméraire duc de Savoie. Voulant avoir à tout prix
1 Archives des affaires étrangères , Rome, dépêche de l'ambassadeur de France à Rome, le comte de Béthune, du 15 janvier 1628.
* Archives des affaires étrangères, Rome 1628. Nouvelles d'Italie envoyées par Béthune au mois d'avril : « Personne n'a pu dissuader le duc de Savoie. Mgr le Nonce, l'ambassadeur de Venise, avec Madame, s'y sont employés fortement sans y avoir pu profiter, comme a fait aussi le P. Monod. »
quelque chose du Montferrat qu'il convoitait depuis tant d'années, il n'hésita pas, dans celte pensée, à s'entendre avec la mortelle ennemie de l'Italie, l'Autriche et ses deux puissantes moik . tiés, l'Espagne et l'Empire.
L'Espagne s'était ■ naguère opposée avec la France au démembrement du Mantouan ; elle avait même concouru à faire rendre au duc de Savoie la proie dont il s'était emparé. Mais d'autres temps, une autre conduite : elle craignait bien moins les Piémontais dans le Montferrat qu'un prince français. Pour la mieux séduire à sa cause, le duc de Savoie lui proposa un partage du Montferrat, où l'Espagne et lui trouveraient également leur compte : le duc prendrait la partie de cette riche province qui entrait le plus dans le Piémont et l'agrandissait de divers côtés; l'Espagne en aurait la partie la plus voisine de la Lombardie, le pays et la forteresse de Casai alors considérée comme la première forteresse de la haute Italie. Quant à Mantoue, comme c'était un fief impérial, l'Empereur en refuserait l'investiture à Charles de Gonzague, sous le prétexte qu'il voulait prendre connaissance de ses droits et de ceux de son compétiteur, le duc de Guastalla; et, en attendant un jugement définitif, il s'emparerait de * Mantoue et la déclarerait en séquestre entre ses