CHAPITRE NEUVIÈME
ment connaître la courte, mais grave délibération qui eut lieu à Canale sur le traité apporté par Saint-Etienne.
Considéré en lui-même, et surtout à la lu* mière des circonstances qui le préparèrent et qui l'expliquent, ce traité ne manque point d'équité1. En ce qui regarde l'Italie, il admet et consacre les propositions mêmes de la France, c'est-à-dire la restitution de toutes les parties de la Savoie et du Piémont à Victor-Amédée, et celle aussi du Mantouan et du Montferrat à Charles deGonzague. On ne touchait pas à la forteresse de Casai, qui demeurait le rempart du Montferrat entre le Milanais et le Piémont. Mais çà et là on avait introduit diverses clauses ou incompatibles avec notre honneur ou bien moins favorables à nos intérêts que l'armistice du 4 septembre^ Par exemple, tandis que cet armistice assurait aux
au roi, du 22 octobre : « ... Le 20 de ce mois» M. Ma sa ri ni nous est venu trouver à Canale, pour nous apporter un projet de traité fort raisonnable en tous ses points, fors en un qui est celui du rasement de la citadelle de Casai. Cette proposition estoit appuyée de très-instantes prières de M. de Savoye pour nous faire consentir à ce dessein... »• Richelieu, t. VI, p. 327, ne fait que répéter ce passage de la lettre des maréchaux. On ne se trompait pas d'attribuer l'invention de cette clause au duc de Savoie, car nous trouvons aux archives, ibid.f une lettre de Victor-Amédée à Mazarin, datée du 20 octobre au matin, lui recommandant expressément cette condition de la démolition de Casai.
1 Voyez ce traité en français, Mercure (rançoh, 4630, p. 704- 748. Le textelatin est dans le Corps diplomatique de Dumont, t. V.
Français et au duc de Ma n loue l'immédiate restitution de la ville de Casai dès que la forteresse serait secourue, et elle pouvait l'être dans trois ou quatre jours, le traité de Ratisbonne ne faisait sortir les Espagnols de Casai que quinze jours après l'investiture impériale; et comme cette investiture devait être donnée six semaines seulement après la fin des négociations et la signature des plénipotentiaires, l'évacuation de Casai se trouvait différée jusqu'au milieu du mois de décembre. Nous étions ainsi condamnées à entretenir deux mois encore en Italie une armée considérable parmi la famine et la peste, état de choses presque aussi fâcheux que la guerre elle-même. De plus, comment ne pas craindre quelques difficultés de la part des Espagnols? Ils avaient tout fait pour empêcher le traité, ils n'y étaient point partie contractante; ils pouvaient donc ne se pas croire tenus de l'exécuter avec une exactitude scrupuleuse, qui n'était guère dans leurs habitudes. On perdait alors sans retour une admirable occasion de délivrer Casai. Enfin revenait l'article que déjà au camp de la Mante Schomberg avait hautement repoussé, et qui nous interdisait de jamais secourir les ennemis de l'Empire. M. de Léon et le père Joseph s'y étaient résignés sous la menace d'imminents dangers; mais, comme nous l'avons dit, Riche-