‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 258 sur 282 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

lieu n'en eut connaissance qu'assez tard, après que le péril du roi était tout à fait passé et quand les négociations avec Gustave-Adolphe touchaient à leur terme. Richelieu ne pouvait certes pas abandonner un pareil allié qu'il avait eu tant de peine et qu'il avait mis tant de prix à acquérir. Sans d'ailleurs se dissimuler les hasards de l'entreprise dans laquelle il allait jouer de nouveau sa destinée et celle de la France, il sentait le besoin d'étou (fer l'envie et la haine sous l'admiration, et de faire de si grandes choses que la gloire et la puissance du pays et du roi parussent attachées à sa personne. Il désavoua M. de Léon, et il envoya le père Joseph en retraite dans son couvent, pour l'en faire sortir bientôt, il est vrai, et lui rendre sa confiance et son amitié; car il ne se trompait pas sur le noble sentiment qui l'avait fait agir. En même temps il écrivit aux généraux de l'armée d'Italie et leur annonça la décision du gouvernement français. Mais c'est le 22 octobre seulement que cette dépêche fut écrite, et elle n'arriva en Italie que le 27, lorsque tout était achevé et consommé. Ainsi le 20, à Canale, Schomberg était sans instructions. Il savait bien que le cardinal était mécontent de la tournure que prenaient les négociations; il avait l'ordre de n'admettre aucune prolongation de la trêve ; il était armé contre tous les bruits

bU LA JEUNESSE DE MAZARIN.

équivoques qui viendraient de l'ennemi; mais il s'agissait ici d'un traité authentique et qui lui était adressé par l'ambassade française ellemême. Quelle responsabilité ne pesait donc pas sur sa tête ! Autour de lui Marillac et bien d'autres disaient hautement qu il ne leur appartenait pas de répudier un traité conclu au nom du roi, et de jeter de leur propre mouvement la France dans une guerre pleine de hasards et peut être de désastres. D'autre part, reculer devant la crainte de la guerre, accepter ce qu'il avait si fort blâmé avec Mazarin, ce n'était pas seulement se dédire et se condamner lui-même, c'était humilier et presque avilir l'armée. Le maréchal ne put pas supporter cette pensée, et il fit passer d'autorité1 l'avis de continuer à marcher au secours de Casai. Résolution héroïque

1 Richelieu, t. VI, p. 550 : « Le maréchal de Schomberg fut celui qui s'affermit à poursuivre le secours, nonobstant le traité (deRatisbonne). Marillac et plusieurs autres le trouvoient mauvais et disoient tout haut qu'il se mettoit un grand fardeau sur la tête, de mettre par son refus toute la chrétienté pacifique en une 'nouvelle guerre, sans en avoir ordre précis du roy. » Mercure françois, ibid., p. 719 : « Le maréchal de Schomberg prit une résolution courageuse, digne de sa prudence, de ne point exécuter le traité dans le chef qui le regardoit, et de faire passer sans intermission l'armée du roi jusques à Casai... Le bruit de cette paix avoit réjoui l'armée, le changement l'étonnoit, plusieurs murmuroient contre le maréchal de Schomberg; les plus sages s'élonnoient comme il vouloit demeurer garant de cette entreprise et rompre la paix saris savoir les volontés du roi sur ce sujet. •

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qui devança de plus d'un jour celle du cardinal et honore à jamais le nom de Schoinberg! Lui aussi, en effet, comme tous les amis dç Richelieu, comme d'Effiat, le père Joseph, le cardinal de la Valette, et plus tard Mazarin, il avait dans le cœur ce patriotisme passionné sans lequel il n'y a ni grande nation, ni grand roi, ni grand ministre : admirable école où généraux et diplomates, hommes d'épée, d'Église ou de robe, travaillaient eu commun à la gloire de la France, sous les regards de celui qui était leur maître à tous et leur donnait l'exemple de la vigilance, de la constance et d'un travail infatigable1. Mais il ne faudrait pas croire que, se laissant

* Encore un mot sur Schomberg. Lorsque cette même année, au mois de novembre, à Paris, les intrigues de Lyon recommencèrent, et que Richelieu, ne pouvant venir à bout de désarmer la reine mère et se croyant perdu, offrit au roi sa démission, Schomberg, encore en Italie, lui écrivit de son camp de Folisso, le 20 novembre, le billet suivant, demeuré jusqu'ici inédit, et qui est conservé autographe aux archives des affaires étrangères, Frakce, l. L1II, fol. 504 : « Monseigneur, sitôt que j'eus appris *ce qui estoit arrivé à la cour, je vous ai dépesché le sieur de Vau pour vous tesmoigner mon désespoir et apprendre de vos nou velles. Il n'arrive ici un courrier que je ne tremble, crainte d'apprendre des nouvelles que je ne voudrois jamais savoir. Ce n'est pas que je doute de la bonté du roi en vostre endroit, et que la grande cognoissance qu'il a de vos signalés services ne me lace croire qu'il ne vous permettra point de vous retirer; mais je sais; comme d'ailleurs vous estes combattu; sur quoi mon mauvais esprit ne vous peut donner d'autre avis, sinon que les commandements de noslre roi et la nécessité que la France a de vous, vous

emporter par 1 honneur militaire, Schomberg, dans la situation délicate où il était placé, ail oublié son rôle de négociateur et de diplomate. Aussi prudent qu'énergique, il se garda bien de rejeter absolument un acte sorti des délibérations d'une imposante assemblée, cher à l'Empereur, et revêtu de la signature des ambassadeurs du roi ; il chercha et trouva dans cet acte même le moyen de ne s'y pas conformer. Un article du traité de Itatisbonne reconnaissait comme bonnes et valables toutes les conventions qui auraient été faites avant le 15 octobre : s'appuyant sur cet article, Schomberg réclama en faveur de l'armistice loyalement conclu le 4 septembre. Il déclara qu'il était prêt à observer les décisions de la diète en tout ce qui regardait l'Italie, si les Espagnols, selon leur promesse, remettaient la ville de Casai au duc de Mantoue.

conviant de demeurer» vous le laciez, ntiu de rendre ce que vous devez à vostre maître et à vostre chère pairie, » etc. La Yejlle de la journée des Dupes, le cardinal de la Valette et le père Joseph tinrent à Richelieu le même langage et l'exhortèrent à ne pus quitter la partie. Plus tard, le père Joseph, frappé de plusieurs attaques d'apoplexie, était tombé dans un abattement et une léthargie dont rien ne pouvait le tirer. Richelieu, qui le soigna avec affection jusqu'au dernier moment, dit à ceux qui étaient là : « Je saurai bien le réveiller », et Rapprochant du mourant, il prononça fortement ces mots à son oreille ; « Mon père, Brisach est à nous. » En effet, & cette nouvelle, le père Joseph leva les yeux au ciel comme pour le remercier, la toute-puissance du patriotisme lui ayant rendu un éclair d'intelligence et de vie.

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