CHAPITRE NEUVIÈME 57ô
Tel fut son dernier mot : il invita Mazarin à le transmettre à Yictor-Amédée et à Collalto ainsi qu'au marquis de Sainte-Croix; et le lendemain, 21 octobre, sans plus attendre, il quitta Canale, se dirigea sur Ravignano, et alla passer le Tanaro à Rocca, entre Asti et Alexandrie1.
Mazarin s'en revint porter celte réponse au duc de Savoie et au général autrichien. Comnoe il était le véritable auteur de l'armistice drf 4 septembre, il ne pouvait trouver mauvais que Schomberg y demeurât attaché ; il en considéra le succès comme un triomphe pour lui-même, et il s'y dévoua tout entier.
11 représenta à Victor Amédée que les grandes
1 C'est le 22 octobre, au camp de Ravignano, près d'Asti, que Scbomberg avertit Richelieu de la résolution qu'il venait de prendre par une lettre signée des trois maréchaux. Arch. des aff. étrang., Turin, 1630, t. IV, fol. 155 : « Lettre de MM. les lieutenants généraux de l'armée, qu'ils ont.escrite depuis quils ont reçu la nouvelle de la paix de Ratisbonne, du 32 octobre. » Et une note, vraisemblablement d'un secrétaire de Richelieu, ajoute oes mots : « Reçue à Digouain, le 28 dudit mois. » — Cette lettre étendue et solide se termine ainsi ; a Mais affm que les Espagnols ne croyeijt pas que ce que nous disons soit avec dessein de continuer la guerre, nous avons promis qu'au cas qu'ils remettraient présentement la ville et chasteau de Casai es mains de M. du Mayne (fils aîné du duc de Manloue), nous observerons |e traitté pour leur regard comme pour les autres. Ledit sieur Mazarini s'en est retourné trouver le Collalte et M. le duc de Savoie avec cette responce, et reviendra bientost nous voir, s'il peut quelque chose, parce que nous espérons estre dans quatre jours à la vue de Casai... » Comme à l'ordinaire, Richelieu fait entrer touu? cette lettre dans son récit, ibid., p. 327, elc.
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espérances qu'il avait conçues de la bienveillance de l'Empereur ne s'élaient point réalisées ; on ne songe it plus à cette démolition de la citadelle de Casai, qu'il avait tant souhaitée et qui lui avait presque été promise ; il n'obtenait aucun avantage que la France ne lui eût déjà assuré ; il ne gagnait dans le Montferrat ni un pouce de terre ni un écu de plus, et en vertu même du traité du iS octobre il lui faudrait voir ses États
occupés fort longtemps encore par les Français, ceux-ci ne pouvant pas quitter l'Italie avant que les Espagnols n'eussent aussi quitté Casai. Déjà une nouvelle armée française passait les Alpes : le maréchal de Châtillon venait d'arriver à Suse avec des troupes fraîches destinées à conquérir tout ce qui restait au Piémont, Turin, Ivrée, le val d'Aoste. Au contraire, avec l'armistice, dans peu de jours, la citadelle de Casai étant secourue, les Espagnols sortaient de la ville, les Français sortaient de la citadelle, et le duc rentrait immédiatement dans la pleine et entière possession de tous ses États. L'intérêt du duc de Savoie parlait trop haut pour ne pas être entendu, et Victor-Amédée se remit de nouveau entre les mains de Mazarin; il lui permit de faire usage de son nom, et donna Tordre à Passer de seconder le ministre du Pape, se prêtant encore une fois mais ne se donnant pas à la France, conservant