‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 266 sur 282 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

grand péril imprimait partout le silence. Piccolomini, sorti du camp pour reconnaître ce qui se passait et si le moment de charger était venu, avait eu son cheval tué sous lui. Les enfants perdus et les volontaires qui menaient l'attaque touchaient déjà aux retranchements espagnols. Tout à coup de ces retranchements on vit s'élancer au galop dans la plaine un cavalier qui, se faisant jour à travers les boulets et les halles, tenant d'une main son chapeau et de l'autre un crucifix au lieu d'épée1, s'écriait d'une voix forte :

1 Ce trait singulier ne nous parait pas du tout invraisemblable de la part d'un jeune homme assez comédien qui voulait montrer aux yeux mêmes des deux armées que la paix était l'ouvrage du pape, c'est-à-dire le sien. 11 est d'ailleurs attesté par l'abbé Castiglione et par l'auteur du Mémoire de la Rivistà contemporanea, Castiglione dit positivement, non pas dans l'histoire de Victor- Amédée mais dans celle de la régence de Madame Royale : • Frapostôsi cou un crocifisso in vece di spada trà gli esserciti. » Mémoire de la Rivistà : « Diede mano ad una curiosa stratagema, ma misteriosa, poichè, presa la croce del legato apostolico (Panzirolo), salito a cavallo, sene andô scorrendo per il campo, gridando « Pace ! Pace ! » Onde causé cbeudendosi quelle voci di pace tanto bramata uscire dalla bocca di quel ministre del Santo Pontefice ben conosciuto per média tore di quella, e con la santissima croce avanti, tutti gridavano ed applaudivano aile medesime voci t Pace! Pace! » Nul autre écrivain ne parle de crucifix. Richelieu raconte le fait sans décrire la scène. Le Mercure françois, p. 754, fait paraître davantage Mazarin. Benedetti et Brusoni se complaisent à le représenter s'élançant au galop au milieu de la mousquetade, élevant son chapeau, et criant : « La paix! la paix! » Le maréchal du Plessis-Praslin est surtout frappé de rétonnant changement qui se fit à l'aspect de Mazarin, Mémoires, collect. Petitot, t. If p. 161 : « On n'a rien vu 4e si extraordinaire; deux armées

,Vti LA JEUNESSE DE MAZA1UN.

a La paix ! la paix! » C'était Mazarin. il s'avança vers Schomberg, et lui dit qu'il lui apportait de la part du marquis de Sainte-Croix la proposition dont ils étaient tombés d'accord le matin. Les Français étonnés s'étaient arrêtés, quand deux volées de canon vinrent irriter et enflammer nos soldats qui s'ébranlèrent de nouveau pour se jeter sur l'ennemi. Mazarin se précipita vers le camp espagnol et fit cesser le feu; puis, revenant eu toute hâte, et redoutant quelque nouvel accident il proposa aux généraux d'avoir à l'instant même une conférence. Ils v consentirent. Le marquis de Sainte-Croix sortit avec ses prin-

if ont jamais été si prêtes à se mêler, et c'est une espèce de miracle que l'entremise d'un seul homme les ait arrêtées tout court. 11 faut avoir vu la chose pour le croire... » Le jeune Brienne, 1. 1, p. 285, donne la fm d'une dépêche vénitienne que nous avons déjà citée, chap. î", p. 27, où l'ambassadeur vénitien parle comme le maréchal du Plessis : « Quand on songe à l'ardeur qu'avoient les Français pour combattre, cela tient du prodige. Quelque consommé que soit dans les affaires Panzirola, il ne seroit sans doute pas venu si facilement à bout que son collègue de cette importante négociation. Mazarini s'exposa à la fureur des soldats pour donner la paix à l'Italie. Plusieurs même tirèrent sur lui quelques coups de mousquet ; mais l'intrépide ambassadeur, faisant voltiger d'une main une feuille de papier blanc et de l'autre son chapeau, et criant : « La paix ! la paix ! » passa au travers des mousquetades sans en être atteint, sans témoigner de crainte, et l'accord fut conclu sur le champ de bataille, chose qui n'étoit pas encore arrivée, que je sache, et qui méritoH bien à mon avis, de vous être mandée. » — Mazarin n'avait pas eu le temps d'écrire à Rome pendant toute cette fin d'octobre, et c'est le 5 novembre seulement qu'il put adresser une dépêche à Bar-

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cipaux officiers, don Philippe Spinola, le comte de Serbellone, le duc de Lerme, le duc de Nocera, don Martin d'Àragone, etc., ainsi que Galas, Piccolomini, et les autres chefs de Tannée impériale; les maréchaux de France en firent autant, et la conférence s'établit sur le champ de bataille.

En quatre mots, Mazarin rappela ce qui avait été accepté par tous les intéressés : la garnison espagnole et la garnison française quitteront ensemble la ville et la citadelle de Casai ; elles seront remplacées par des troupes du duc de Mantoue ; un commissaire autrichien entrera dans la ville et y exercera l'autorité, de concert avec le

berini, dont voici les premiers mois : « Nel tempo che procurauj mettere insieme una relatione ben ampla di quanto era seguilo dà1 17 del caduto mese sino a' 2 stante, mi è bisognato lasciar tutto per attendere a cose di maggior importanza... » Il laissa le nonce Pencirole prendre sa place de secrétaire, pendant que lui-même faisait les fonctions de ministre. Pencirole, lettre à Barberini du 30 octobre : «... L'armata francese si avanzava alla volta di Casale, dove arrivù il giorno de' 26, e subito foimati i suoi squadroni si messe in punto di andare ad assaltare le t rincer e de* Spagnuoli, e mentre che gli uni e gli altri stavano in punto di cominciar la battaglia, i Spagnuoli, sebbene si vedevano più forti de1 Francesi di silo, di fanteria e di cavallerta, si risolverono di venir nel partito, quando già la loro artiglieria haveva cominciato a percuotere la gente francese, e quasi stavano a tiro di moschetta. Venne dunque il signor Mazzarino, e porto che i Spagnuoli... Udito questo da' Francesi, vennero subito nel partito, et il signor Mazzarino tornô da' Spagnuoli cou non poco pericoîo nell' andare innanzi et indielro délie moschellate... »

duc, jusqu'à ce qu'on reçoive l'investiture impériale. I^es diverses armées évacueront ensuite le Mon l ferra t. On arrêta ces conditions, sans les mettre par écrit, Mazatïn voulant éviter de dangereuses explications1. D'ailleurs, la nuit arrivait. On se borna donc a convenir de ce qu'on ferait le lendemain, et chaque parti se retira sans avoir « nulle autre assurance l'un de l'autre que la seule parole et la foi des généraux1. » Restait a obtenir l'assentiment de Collalto. Le

1 Mazarin, dépêche du 5 novembre à Barberini, sans raconter 4'aflaire du 26 octobre, y fait plus d'une allusion : «...Il tempetnento preso fù il seguente che dissi in publico fra li due eserciti il giorno de' 26, ai ministri délie due corone accompagnât! dà 20 cavalieri per parte. Dopo baver dette quattro parole per introdutione, la sostanza fù che la guarnigione francese che era nella cittadella, e quella di Sua Maestà Cattolica che era nella ciltà e castello sarebbero sortite et unitesi aile loro armate, le quali si sarebbero ritirate dal Monferrato, incaminandosi i Francesi a passar i monti, e l'altra allô stato di Milano, che si sarebbe rimesso tutto in roano di quel commissario impériale che havesse diebiarato il signor conte di Collalto... In quel punto non si poté mettere in scritto cosa alcuna... et a me due ragioni lo persuasero, la prima che, sottoscrivendosi quà un nuovo trattato di pace era un non far caso di quella stabilité a Ratisbona... Taltra che, stendendosi nella forma che havrebbero voluto i Francesi, che per avantaggiar la riputatione del ReCristianissimo vi prétendevano alcune particolarità non sostantiali neir effetto del negotio ma del tutto pregiuditiali neir apparenza a'Spagnuoli, havrebbero per questo rotto ail' bora, o passando per esse, gli sarebbe stato tolto di rappresentare il fatto al Re in forma honorevole, corne hanno fatto, e perciô, in cambio d'haverne djcolà l'assenso, sarebbero venuti ordini precisi di guerra... »

» Richelieu, ibici , p. 339.

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