CHAPITRE DEUXIÈME
tait qu'elle ne ferait pas une bien longue résistance.
Pendant que ces choses se passaient sur les bords du Pô, qu'on juge des embarras de la légation envoyée par le Pape sur le théâtre de la guerre ! Elle venait se jeter entre les combattants et tâcher de leur arracher les armes des mains en les éclairant sur leurs véritables intérêts. Elle avait à faire comprendre à Gonzalès que l'Espagne n'avait pas grand 'chose à gagner à une guerre qui tournerait principalement au profit du duc de Savoie, lequel, avec ses projets bien connus, après avoir pris les trois quarts du Montferrat, prendrait aussi le reste et mettrait un jour la main sur Casai. 11 ne s'agissait pas de représenter à Charles- Emmanuel quel crime il commettait envers la patrie italienne en livrant Mantoue à l'Empire et Casai à l'Espagne : il n'eût pas entendu ce langage; mais on pouvait le toucher davantage en lui montrant qu'introduire l'Autrichien en Italie, c'était y appeler un autre étranger, le roi de France, qui, pour aller au secours de Charles de Gonzague, pourrait bien de nouveau s'emparer de la Savoie, que cette fois il serait fort tenté de retenir. Enfin il était plus aisé, mais tout aussi nécessaire, d'amener le duc de Mantoue à de sages concessions, soit d'argent,
soit même dé territoire, pour désarmer ou diviser ses ennemis. De toutes parts des difficultés immenses, mais un but juste et grand, la paix et Findépendance de l'Italie. Pour l'atteindre, il fallait une activité et une adresse extraordinaires : il fallait aller des Espagnols aux Piémontais et des Piémontais aux Italiens, donner à tous de bonnes paroles, ménager toutes les prétentions, et suppléer à la force qu'on n'avait pas par la supériorité de l'esprit.
Le nonce extraordinaire Jean-François Sacchetti était trop heureux d'avoir auprès de lui le jeune capitaine qui déjà l'avait si bien servi dans la Valteline et à Ferrare, plein de tact et d'intelligence, ne s'étonnant d'aucun travail, et d'une santé à suffire à toutes les fatigues. Comme Sacchetti l'aimait et s'intéressait à sa fortune, il lui donna volontiers toutes les occasions de se distinguer. L'étoile de Mazarin voulut que le chef de la légation eût à Rome des affaires particulières qui l'y appelèrent plus d'une fois; pendant ce temps, Mazarin le remplaçait * ; et quoique, durant toute
* Benedetti, p. 18 et 19 : « Il Sacchetti, chiamalo a Roma dai domestici affari délia sua casa... impetro dal Papa di poler darvi una scorsa, con retinere perô il peso délia sopraintendenza di quei negotiati, che egli appoggio alla vigilanza e prudenza del Mazarini, dal quale venendo puntualmente avisato di quant o cola passa va, il Sacchetti ne teneva ragguagliato il Papa, corne se \i fosse stato présente. >