CHAPITRE DEUXIÈME
l'année 1628 et même une grande partie de Tannée 1629, il n'ait jamais eu que le titre de secrétaire particulier du nonce1, il put exercer assez souvent les fonctions de chargé d'affaires» comme nous dirions aujourd'hui. Il lui fallait alors répondre à toutes les dépêches, comme l'eût fait Sacchetti lui-même, et suivre les négociations commencées. Les négociations se font surtout en conversations. Mazarin y excellait. Il possédait la grande qualité du diplomate : il était aimable ; il avait le don inné de traiter avec les hommes, l'art de l'insinuation, le talent de s'ouvrir le chemin des cœurs. Il rendait compte à sa cour de toutes ses démarches avec un zèle infatigable. A ses nombreuses lettres officielles, il joignait des feuilles d'avis où il racontait tout ce qui venait à sa connaissance*, et se répandait en observations de tout genre sur les hommes et sur les choses. Cette correspondance, à la fois instruc-
1 Le 2 juin 1629, le cardinal secrétaire d'État François Barberini, l'appelle encore « segretario del signor Sacchetti.* Archives des affaires étrangères, Rome, 1629, fol. 41-42.
9 C'était surtout par ses renseignements et ses informations abondantes que Mazarin avait plu à son ministre, et c'était là ce que celui-ci lui demandait. Archives des affaires étrangères, Rome, 1629, billet du cardinal Barberini joint à la lettre officielle du 2 juin : t Àttenderemo che Ella satisfaccia compiutamente a ciô che richiedono le sue parti, e specialmente nel dar puntual raggnaglio di quanto le perverrà a notifia, al che si ha caro ch'EIla habbia dato principio. i
tive et agréable, était fort goûtée du cardinal secrétaire d'État, François Barberini, et du Pape lui-même. Elle commença et accrut successivement la réputation de Mazarin.
D'ailleurs, comme on le pense bien, il n'était pas homme à négliger de faire valoir ses services. Il avait à Rome des amis, dont il avait grand soin d'entretenir et d'animer la bienveillance, et qui s'entendaient fort bien à mettre en relief le mérite du seigneur Jules, ainsi qu'on l'appelait. Au premier rang étaient, avec les Sacchetti, tous les Colonna : l'abbé Jérôme Colonna, l'ancien compagnon de Mazarin à Âlcala et à Madrid, qui venait à la fin de 1627 d'être promu au cardinalat avec Antoine Barberini, le neveu du Pape; la princesse Anne, déjà fort* recherchée de la maison Barberine ; son frère, don Carlo Colonna, duc de Marsi, militaire au service d'Espagne, qui avait vu Mazarin à Milan et se plaisait à rendre témoignage de sa conduite ; enfin le grand connétable Colonna lui-même, le patron de toute la famille ; sans oublier Pierre Mazarin, fier d'un tel fils, et qui, ayant peu de bien et beaucoup d'enfants, mettait en celui-là toutes ses espérances. Pierre Mazarin lui mandait ce qui se passait à Rome, ce qu'on disait de lui, ce qu'il avait à faire, et lardent jeune homme redoublait d'efforts pour contenter et seconder