‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 3 sur 282 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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livrer le roi et le peuple de cette aristocratie turbulente, sans patriotisme et sans vertu, qui s'agitait sans cesse pour ressaisir ses anciens privilèges, prenant tous les masques selon les circonstances, et toujours s'appuyant sur l'étranger. Là, en effet, là surtout est la gloire de Mazarin comme de Richelieu, dans cette époque trop peu comprise de notre histoire, qu'on pourrait appeler l'Ère de la Royauté, entre la monarchie féodale expirante et la monarchie constitutionnelle dont l'heure n'était pas venue1. Après cette crise de 1643, qui sert d'éprjeuve à la fortune de Mazarin, laissez-le se développer librement : vous le verrez d'année en année égaler ses services à ses prospérités, terminer nos longues et sanglantes discordes sans dresser un seul échafaud, réunir autour de la royauté émancipée toutes les classes de la nation, toutes les communions religieuses, tous les talents, tous les

1 Montesquieu, presque seul, a très-bien vu qu'on ne pouvait mettre parmi les gouvernements despotiques celui de la France, surtout dans les deux derniers siècles ; il en a fait une espèce à part, dont le principe est l'honneur, une monarchie tempérée, qui n'était pas libre encore, mais où les mœurs suppléaient et préparaient la liberté.

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1 intérêts, couvrir la France de gloire tour à tour

par les mains de Condé et par celles de Tu renne, signer le traité de Westphalie et le traité desPyrénées, reculer nos frontières, nous donner quatre belles provinces, laisser après lui une paix solide fondée sur l'universel sentiment de notre puissance, avec une nombreuse génération d'hommes de guerre et d'hommes d'État, mériter enfin ce suprême éloge qu'il a préparé tout ce qu'il y a eu de bon et de grand sous le règne de Louis XIV, jusqua la fatale révocation de l'édit de Nantes et l'absurde entreprise du rétablissement des Stuarts.

Nous sommes ici bien loin de toutes ces grandes choses. Nous n'avons pas devant nous le successeur de Richelieu, le défenseur de la royauté, le vainqueur des Importants et de la Fronde, le pacificateur de la France et de l'Europe. Mazarin en est encore à ses plus faibles commencements. C'est un jeune homme aimable et spirituel, d'abord fort dissipé, qui devient par hasard capitaine d'infanterie, puis le secrétaire particulier d'un nonce, et ensuite le secrétaire d'une légation pontificale sans être ecclésiastique, faisant

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quelquefois les fonctions de chargé d'affaires et prenant dans l'occasion le titre purement honorifique de ministre du Saint-Siège. Mais déjà, dans cette position subalterne et précaire, paraissent en lui les instincts de l'homme d'État et quelques-unes des qualités qu'il doit porter si haut, ce coup d'œil ferme et pénétrant qui, dans toute affaire, dans toute situation, discerne nettement ce qui se peut et ce qui ne se peut pas, le grand art de traiter avec les hommes, un merveilleux esprit de conciliation, et, une fois la partie engagée, une constance inébranlable, un courage à toute épreuve soutenu par une activité et une puissance de travail infatigable. Sous les auspices du père de la chrétienté, Mazarin se propose un but juste et bon, sauver l'Italie de l'effroyable guerre qui menace de la couvrir de sang et de ruines, et qui n'est au fond dans l'intérêt de personne, ni de l'Autriche ni de la France; ce but, il le poursuit sans relâche, à travers des difficultés sans cesse renaissantes, et il l'atteint enfin par la seule force de son esprit et de sa volonté, en changeant souvent de moyens sans jamais changer de dessein, en sachant parler

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ik chacun le langage qui lui convient, surtout en osant prendre beaucoup sur lui et en bravant une responsabilité qui aurait accablé tout autre à sa place. A ce mélange de prudence et d'audace reconnaissez l'homme fait pour commander, quand la fortune lui donnera un théâtre digne de lui.

A défaut de ce théâtre qui ne lui manquera pas longtemps, Mazarin se sert de sa condition présente comme d'une école où il s'instruit et se forme dans l'ombre. Aspirant toujours à s'élever, il se lie ayec tous les personnages importants qu'il rencontre et qui deviendront ses compagnons ou ses rivaux. 11 entre dans l'intimité d'un Spinola, naguère vainqueur d'Ostende et de Bréda, alors capitaine général du Milanais; il y apprend à connaître l'Espagne qui déjà tourne insensiblement à la décadence, les orgueilleuses prétentions et Tassez médiocre génie du comte duc Olivarès. Ilaime sincèrement l'Italie; il gémit sur ses malheurs; il voudrait en arrêter le cours. De bonne heure il s'attache au duc de Sivoie, Victor-Amédée ; il s'efforce de lui faire comprendre ses véritables intérêts, et de le détourner

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de ce double jeu perpétuel entre l'Autriche et la France qui venait de perdre son père, Charles- Emmanuel Ier. Ce double jeu était sans doute dans la situation de la maison de Savoie, placée entre deux voisins redoutables qu'elle était bien forcée de ménager également; mais la situation en se prolongeant avait en quelque sorte passé dans le caractère, et le caractère survivant aux circonstances retenait les descendants d'Emmanuel-Philibert dans une politique astucieuse qui ôtait tout crédit à leur parole, toute solidité à leur alliance, et servait ainsi très-mal leur légitime ambition. Le temps semblait venu de renoncer à cette triste politique, de choisir entre l'Autriche et la France, et de s'unir loyalement à celle des deux qui pouvait et voulait agrandir le Piémont en Italie. Nous voyons ici Mazarin employer son nscendant sur Victor-Amédée pour vaincre ses hésitations et ses traditions domestiques, et l'engager de plus en plus dans la route qu'Henri IV avait ouverte à la maison de Savoie, et où le duc était lui-même entré par son mariage avec une des filles du grand roi.

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Mais c'est surtout vers la France qu'incline par toutes les pentes de son cœur et de sa raison le jeune chargé d'affaires pontifical. 11 ne la connaît encore que très-imparfaitement par une course rapide à Lyon et à Grenoble, et déjà lé seul aspect de la population et de l'armée le touche. A Casai, la valeur française le transporte d'admiration. Avant d'avoir vu Richelieu, sa jeune et impatiente curiosité recueille tous les bruits répandus sur ce redouté personnage, auquel il comprend qu'est attaché le sort de l'Italie et celui des négociations confiées à ses soins. Quels efforts pour saisir et même pour faire naître une occasion de paraître en sa présence et de le juger par lui-même! Et quel jugement il en porte après quelques heures de conversation ! Quelles scènes que ces premiers entretiens, ces premières discussions quelquefois orageuses entre le grand homme d'État dans tout l'éclat de sa renommée, et son futur successeur, alors modeste secrétaire de légation! Que d'art, que d'habiles déférences Mazarin n'emploie-t-il pas pour gagner ou apaiser son impérieux interlocuteur, sans jamais céder sur le fond des choses!

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Enfin, lorsqu'à force d'adresse, de constance et de courage il est parvenu à délivrer Casai, à arracher, pour le moment du moins, l'Italie à ses dominateurs, et à conclure l'arrangement pacifique qu'il est chargé de poursuivre, son premier mot n'est pas pour son gouvernement et son propre ministre à Rome, mais pour Richelieu auquel il s'empresse d'écrire bien vite ce qu'il vient de faire. On sent qu'à ses yeux son plus grand triomphe est d'avoir vaincu les ombrages du soupçonneux cardinal, conquis son estime et sa confiance. L'année 1650 n'est point terminée que dans son cœur Mazarin est à jamais l'ami de Victor-Amédée et de la maison de Savoie, le serviteur de Richelieu et de la France.

Ce n'est donc pas seulement Mazarïn que nous ferons connaître; il nous faudra nécessairement faire paraître à côté de lui Louis XIII lui-même et son premier ministre, avec le cortège de leurs principaux lieutenants, civils et militaires, d Hémery, Servien, Châteauneuf, le père Joseph, Henri de Montmorenci, d'Effiat, Créqui, Toiras, Schomberg; en sorte que cette première partie

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de la vie du jeune diplomate italien est, à vrai dire, un chapitre de notre histoire, dans ces jours glorieux où, guidée par un grand homme, la France aussi monte et grandit, se discipline et se fortifie au dedans, tandis qu'au dehors elle donne la main, ici à la Hollande et à la Suède, là à l'Italie et à la maison de Savoie qui la représente, et va commencer avec la maison d'Autriche ce duel terrible qui ébranlera l'Europe entière, passera par tant de vicissitudes, et, après avoir dévoré tous ses héros, Gustave-Adolphe, Walstein, Richelieu, ne se terminera qu'en deux fois pour ainsi dire, d'abord à Munster en 1648, enfin aux Pyrénées en 1660, grâce toujours à ce même Mazarin dont nous retraçons les humbles débuts et en quelque sorle les années d'apprentissage.

Il nous reste à dire quelques mots de la méthode que nous avons suivie et des sources où nous avons puisé.

La méthode ici fidèlement et rigoureusement observée est toujours celle que nous proposions il y a plus de vingtans. Elle consiste en deux points essentiels : 1° bannir de l'histoire toute conjec-

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ture, ne rien admettre de seconde main, éprouver tous les témoignages, se défier des Mémoires contemporains si précieux à la fois et si trompeurs, qui sont'presque toujours des plaidoyers pour soi et des actes d'accusation contre les autres; ne croire qu'aux documents authentiques, et remonter le plus possible jusqu'aux lettres échappées à l'abandon du moment ou dictées par d'impérieuses circonstances ; ne s'arrêter enfin dans les fouilles assidues auxquelles il se faut condamner qu'après avoir creusé jusqu'au tuf, c'està-dire atteint les pièces originales et décisives au delà desquelles il n'y a plus rien à chercher ni à désirer; 2° donner ces pièces, en totalité ou en partie, afin que le lecteur soit en état de contrôler nos récits et de juger nos propres jugements en parfaite connaissance de cause, puisque, grâce à nos loyales et amples citations, il en sait à peu près autant que nous, et possède les faits sur lesquels nous avons nous-même travaillé et élevé notre édifice. Une telle méthode est seule à nos yeux digne du dix-neuvième siècle, de ce siècle las des hypothèses et des peintures de fantaisie, qui dirait volontiers à l'histoire,

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comme le magistrat au témoin qu'il interroge : La vérité, rien que la vérité, toute la vérité. On a trouvé d'abord cette manière un peu pesante, et quand parurent Madame de Longueville, Madame de Chevreme, Madame deHautefort, etc., avec leur appareil peu flatteur de documents inédits, nous nous en souvenons encore, libraire et public s'en effrayèrent ; ma is on s'y est accoutumé; de nombreuses et même d'illustres imitations sont venues nous absoudre, et nous sommes convaincu qu'un jour il ne sera plus permis de traiter autrement l'histoire, pourvu qu'il ne soit pas question d'un corps d'annales et que le sujet n'excède point certaines limites. D'ailleurs, cette méthode, véritablement expérimentale, nousétait en quelque sorte particulièrement imposée, à nous qui, dans le domaine de la philosophie, en dépit dé l'exemple si vanté de la philosophie allemande contemporaine perdue dans les spéculations transcendentales, n'avons cessé de maintenir l'étude des faits cerlains de l'âme humaine, de ses facultés et de leurs lois, la psychologie, comme la nécessaire condition de toute saine métaphysique.

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Nous avons consulté et mis à profit, avec toutes les précautions prescrites par la méthode dont nous faisons profession, les diverses biographies de Mazarin. La plus connue est celle d'Aubery * qui, écrivant en plein dix-septième siècle, historien de Richelieu, laborieux éditeur de son immense correspondance, avait dû recueillir et savoir bien des chosçs particulières sur le successeur du grand cardinal. Le livre d'Aubery est assurément fort estimable, mais, embrassant un long espace de temps, il était comme condamné à ne pas tout approfondir, et, par exemple, la jeunesse de Mazarin y occupe à peine quelques pages. On en peut dire autant de l'italien Priorato*, qui le premier a donné une biographie régulière et complète, avec bien des lacunes, surtout pour l'époque qui nous intéresse. Le plus récent historien de Mazarin , M. Bazin était un homme d'esprit et de goût, né pour l'histoire litté-

1 Histoire du cardinal Mazarin, etc , Amsterdam, 1695, 2 vol. in-8\

* Istoria del ministerio del cardinale Mazzarini, primo minislro di Franciaf 1669, 5 vol. in-12. La traduction française, au*si en trois petits volumes, a paru à Amsterdam en 1671.

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raireoù il a laissé une trace brillante1, qui s'est égaré dans l'histoire politique, et semble avoir pris à tâche, par l'affectation la plus étrange, d'écrire des volumes sur Richelieu et sur Mazarin sans se livrer à aucune recherche nouvelle, sans même faire une seule citation*. À un pareil ouvrage qui ne veut rien nous apprendre nous préférons de beaucoup, nous l'avouons, le trop court mais véridique mémoire de l'abbé Elfridio Benedetti % compatriote de Mazarin, qui devint un de ses hommes d'affaires, vécut longtemps dans son intimité, et tira de ses conversations des renseignements curieux jusque sur les temps où il n'était pas encore à son service. Nous avons fait aussi un discret usage d'un autre mémoire, dernièrement publié par M. Chiala dans la Rivistà contemporanea de Tu-

f Voyez Études d'histoire et de biographie, surtout Notes historiques sur la vie de Molière, et l'édition de l'Histoire de madame Henriette d'Angleterre, par madame de la Fayette» qui peut être considérée comme un modèle du genre.

* Histoire de France sous le ministère du cardinal Mazarin, 2 vol. in-8°, 1842.

3 Raccolta di diverse memorie per scrivere la vita del Cardinale Giulio Ma%arini Romano, etc., in-4% à Lyon, sans date,

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rin \ dont l'auteur anonyme se donne pour ur compatriote et un camarade de Mazarin, qu'il aurait connu dès sa première jeunesse et sur lequel il raconte les plus piquantes anecdotes, très-suspectes et pourtant assez vraisemblables, qu'on ne peut ni admettre ni rejeter légèrement.

Mais, comme on le pense bien, ce n'est pas avec des livres que nous avons composé le nôtre, pour répéter plus ou moins bien ce qu'avaient dit nos devanciers : non, ce qui nous a mis la plume à la main, c'est la découverte ou la rencontre de documents bien autrement sincères

1 Rivistà contemporanea, novembre 1855. Ce mémoire est tiré d'un manuscrit de la bibliothèque de l'Université de Turiu. Depuis, M. Chiala en a trouvé une copie meilleure dans la bibliothèque de Gènes, et il a eu la bonté de nous en adresser d'utiles variantes que nous avons mises à profit. Nous nous sommes assuré que ce mémoire se rencontre dans un bon nombre de bibliothèques italiennes, publiques et privées. — Joigne/ aux divers ouvrages ci-dessus mentionnés le petit volume de Paioli : Vila del Cardinale Giulio Maz%arini> del dottore Alfonso Paioli, Venise et Bologne, 1675, in-12. On trouve aussi des détails qui ne sont point à dédaigner dans Brusoni, Supplemento alV Istoria dltalia di Girolamo Brusoni, etc., Francfort, 1664, ainsi que dans les mémoires inédits de Brienne le fils, publiés par M. Barrière, 2 voL, 1828»

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que tous les Mémoires, parfaitement authentiques et entièrement inédits, qui remplissent comme à souhait toutes les conditions de la méthode qui préside à nos travaux.

Ces documents proviennent de deux sources très-différentes, mais également sûres.

Le ministère des affaires étrangères a bien voulu nous ouvrir l'inépuisable trésor des papiers de Richelieu et de Mazarin, et nous y avons trouvé une foule de pièces nouvelles dont l'authenticité ne peut pas être contestée puisqu'elles sont pour la plupart autographes et revêtues des signatures originales. Elles nous ont été autant de révélations inattendues sur les débuts diplomatiques de Mazarin et sur la part, jusqu'ici tout à fait ignorée, qu'il a prise aux négociations des années 1 628, 1629, 1630, entre le Saint-Siège, l'Espagne, l'Autriche, le Piémont et la France, dans la grande affaire de la succession de Mantoue. Ces pièces se peuvent diviser en plusieurs catégories : 1° la correspondance de Mazarin avec divers agents français, ambassadeurs ou généraux, aveclecardinal Bagni, nonce apostolique en France, avec Richelieu lui-même; 2° les lettres qu'il recevait

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de Rome, de sa famille et de ses amis ; 3° celles où le cardinal secrétaire d'État, François Barberini, lui accusait réception et lui faisait compliment de ses longues et nombreuses dépêches; 4° bien d'autres lettres d'éminents personnages avec lesquels Mazarin était en relation, d'Hémery, Servien, d'Effiat, Schomberg, Richelieu, Spinola, Charles-Emmanuel, Victor-Amédée et sa femme Chrestienne de France.

Mais les archives des affaires étrangères, qui nous fournissaient tant de lumières nouvelles, laissaient subsister une grande obscurité. Elles ne contiennent point les dépêches de Mazarin adressées au cardinal Barberini, que les réponses mêmes de celui-ci nous signalaient : or, ce sont évidemment ces dépêches qui devaient renfermer le secret des négociations et exprimer la vraie pensée du jeune diplomate. Les éloges qu'en fait le cardinal Barberini excitaient au plus haut degré notre curiosité sans la satisfaire, et après avoir acquis d'incontestables preuves du rôle sérieux et élevé que jouait déjà Mazarin, nous né pouvions nous en faire une idée précise faute de" connaître la correspondance du chargé d'affaires

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avec son ministre. Il fallait donc à tout prix arriver à cette correspondance. Il était naturel de croire qu'elle était à Rome, à la secrélairerie d'État, parmi les papiers du pontificat d'Urbain VIII. Mais, plus d'une fois interrogée, la secrélairerie d'État répondit toujours qu'elle ne possédait pas une seule lettre de Mazarin a cette époque de sa carrière.

Cependant nous ne pouvions nous persuader que des dépèches de cette importance eussent été volontairement détruites; et elles n'avaient pas été enlevées du Vatican et transportées à l'étranger, car toutes nos recherches n'avaient pu les découvrir, ni à Paris, ni ailleurs, dans aucun des grands dépôts publics de l'Europe. Elles devaient être encore à Rome dans quelque coin ignoré. Un dernier espoir nous restait, et il n'a pasélé trompé.

Il n'est pas sans exemple en France même qu'un ministre emporte avec lui dans sa retraite les papiers relatifs aux affaires auxquelles il a été mêlé, soit pour s'en faire un lustre domestique, soit pour en composer à son aise des Mémoires sur son administration. Nous nous som-

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mes dit que le cardinal secrétaire d'État, François Barberini, avait aussi très-bien pu, en quittant le Vatican, retenir entre ses mains les lettres d'un homme qu'il avait vu succéder à Richelieu, et les transmettre à ses héritiers. Le représentant actuel de l'illustre maison est le prince Barberini, l'heureux possesseur de la célèbre bibliothèque appelée la Barberine. C'est donc à ce prince que nous nous sommes adressé par un ami commun, M. le duc de Rignano, l'un des hommes les plus éclairés de l'Italie; et au milieu de tant d'autres manuscrits précieux, les dépêches que nous cherchions ont été trouvées, parfaitement intactes et couvertes encore de la poussière de deux siècles. M. le prince Barberini a daigné nous autorisera faire copier celles qui nous paraîtraient nécessaires à nos études, et M. le duc de Rignano, par une bonté toute particulière, a pris la peine de surveiller et de vérifier ces copies. Sans la généreuse complaisance de ces deux véritables grands seigneurs, il nous eût été absolument impossible de voir clair dans ces commencements de la carrière diplomatique de Mazarin, et de faire même un

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usage assuré des pièces les plus importantes des archives de nos affaires étrangères. Qu'ils nous permettent liun et l'autre de partager entre eux notre reconnaissance, et de leur en offrir ici le public hommage.

Cannes, 1er avril 1865.

Y. Cousin.

DE

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