‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 34 sur 282 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

paré. Richelieu déclara que le roi de France n'était pas libéral du bien d'autrui, qu'il était venu secourir le duc de Mantoue et non pas le dépouiller ; et, rompant la conférence, il donna Tordre à l'armée de franchir le mont Genèvre. 11 était presque toujours à cheval à côté du roi, veillant à tout, à la fois général, négociateur, intendant militaire- On avait inventé des machines pour transporter le canon sur les montagnes ; on portait à dos de mulet la poudre et le plomb, et 'es boulets dans des hottes. Il fallait passer par un étroit défilé appelé le pas de Suse, que défendaient des retranchements formidables. Le 6 mars 1629, l'attaque commença. Louis XIII marchait lui-même à la tête de ses gardes, derrière les enfants-perdus et les volontaires, parmi lesquels on voyait des princes du sang et les plus grands seigneurs, le comte de Soissons, le duc de Longueville, le comte d'Harcourt, de la maison de Lorraine, le marquis, depuis duc et maréchal de Maillé-Brézé , qui avait épousé une sœur de Richelieu, et un autre de ses parents, la Meilleraie, qui devint aussi maréchal de France et grand-maître de l'artillerie. Enflammés par l'exemple de leur roi, les maréchaux de service, Créquy, Schomberg, Bassompierre se précipitèrent comme de simples soldats sur les barricades. Charles-Emmanuel et Victor-Àmédée se

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battirent avec la bravoure de leur pays et de leur race; mais rien ne tint devant la furie française1 : le pas de Suse fut forcé, le duc de Savoie lui-même manqua d'être fait prisonnier par le comte de Tréville, lieutenant des mousquetaires; et le lendemain la ville de Suse apporta ses clefs.

Le 11 mars, le prince de Piémont et Richelieu signèrent un traité * par lequel le duc de Savoie s'engagea à laisser désormais l'armée française traverser Ses États pour se rendre dans le Montferrat par tous les chemins qu'il lui plairait de choisir, et même à concourir au ravitaillement de Casai, en fournissant les vivres et les munitions nécessaires. La ville et la citadelle de Suse devaient rester entre les mains du roi de France jusqu'à l'entière exécution du traité. En retour, les conditions avantageuses offertes par le duc de Mantoue au duc de Savoie dès le début de la guerre étaient maintenues et même augmentées : on cédait au Piémont l'importante ville de Trino, non plus avec douze mille, mais avec quinze mille écus d'or de revenu. Des articles secrets donnaient aux Espagnols le temps de lever

1 Voyez les détails de l'affaire et un petit plan des lieux, Mer» cure françois, 1629, p. 125, etc.

•Dumont, t. V, 2* partie, p. 571, Mercure françois, ibid., p. 152, et la collection piéraontaise déjà citée, t. I*r, p. 544.

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le siège de Casai, à condition qu'ils laisseraient le duc de Mantoue libre possesseur de ses États, et que le duc de Savoie et le roi d'Espagne promettraient de lui en faire obtenir de l'Empereur l'investiture dans le délai d'un mois. Dans ce même traité était posé le principe d'une ligue défensive et même offensive entre le duc de Savoie, la république de Venise, le duc de Mantoue, le Pape et le roi de France, pour assurer contre la maison d'Autriche la paix et l'indépendance de l'Italie. Le même jour, 11 mars, à Susef un second traité1, ratifié avec empressement le 20 mars par le duc de Savoie, constituait cette ligue, et déterminait le contingent de troupes que Chacun des confédérés devait fournir. Par un surcroît de précautions, que justifie le caractère trop connu de Charles-Emmanuel, et qui témoignent de la prudence soupçonneuse de Richelieu, celui-ci fit encore signer à Suse, le 31 mars, au duc de Savoie, un troisième traité1, où le duc prenait l'engagement formel , si Gonzalès de Cordova n'avait pas, le 4 avril, évacué la partie du Montferrat qu'il avait envahie, de l'y contraindre par la voie des armes. En ou-

1 Dumont, ibid., p. 573, et la collection piémontaise, ibid., p. 339.

* Ce traité n'est pas dans Dumont, mais on le trouvera dans les Traités publics de la maison de Savoie, t. Ier, p. 350.

tre, dans le cas où le duc de Mantoue serait attaqué par l'Espagne ou par qui que ce fût, le duc de Savoie promettait, « comme étant plus proche , de le secourir incontinent avec douze mille hommes de pied et douze cents chevaux, » comme aussi le roi de France garantissait le duc de Savoie contre toute attaque qui le pourrait menacer « en raison du secours qu'il auroit donné au duc de Mantoue. » Enfin un dernier traité, habilement ménagé par la république de Venise, conclu et signé à Suse le 24 avril \ terminait toutes les querelles qui, en ces derniers temps, avaient mis aux prises l'Angleterre et la France, ôtant par là aux protestants toute espérance de trouver aucun appui en Angleterre dans les révoltes qu'ils oseraient entreprendre, et laissant la France libre de toutes parts et maîtresse de l'avenir au dedans et au dehors. Aussi, après avoir vu Gonzalès de Cordova reprendre le chemin de Milan, remplacé le brave Guron dans le commandement de Casai par le comte de Toiras, un des héros de la Rochelle, mis le maréchal de Créqui à la tête des troupes qui devaient rester en Italie, et donné suffisamment au duc de Savoie, au sein même de ses États, le spectacle de notre armée victorieuse*,

Dumont, ibid., p. 580, Mercure françois, ibid.,p. 147, etc. Il faut voir dans le Mercure françois, ibid., p. 141-145, les

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