CHAPITRE TROISIÈME
elle. Au fond, il ne voulait de la France en Italie que pour contenir les Impériaux et les Espagnols, et son vœu bien légitime était une paix générale qui délivrât l'Italie de ses conquérants et de ses libérateurs. Pour faire écouter d'équitables propositions à l'Espagne et à l'Empire, on était bien réduit à employer la menace des Français, mais on devait se garder de les appeler sans une indispensable nécessité : il fallait, selon les conjonctures, hâter leur marche ou la suspendre; il fallait tendre constamment à la paix, et retarder le plus possible la terrible guerre qui menaçait d'ensanglanter le sol italien.
Telle était la politique, à la fois chrétienne et patriotique du saint-siége. Elle donne le secret des inévitables fluctuations de la cour de Rome ; elle explique et justifie les mouvements divers, quelquefois contraires en apparence, de sa diplomatie. Pour en bien tenir toujours le fil, il est nécessaire de n'en jamais perdre de vue le but, la poursuite de la paix, à travers toutes les passions et tous les intérêts, au prix de toutes les concessions, de tous les sacrifices, excepté celui de la justice et du droit.
Jamais mission ne demanda un coupd'œil plus prompt et plus sûr, plus de tact, de souplesse et au besoin plus de fermeté.
D'ailleurs les affaires ne marchèrent pas si vite.
Ni l'Espagne ni l'Empire ni le Saint-Siège ne se hâtèrent. Spinola et Collalto n'arrivèrent point en Italie avant le mois d'août 1629, et c'est seulement en novembre que le cardinal Antoine et le nonce Pencirole quittèrent Rome pour sç rendre à Bologne. D'autre part, Jean-François Sacchetti, initié au projet de la grande ambassade, et désigné pour un emploi plus élevé que la nonciature de Lombardie, multiplia et prolongea ses absences, et même s'en retourna d'assez bonne heureà Rome. Dans cet état de la légation pontificale, Mazarin, presque toujours seul à Milan, n'étant plus tout à fait simple secrétaire particulier d'un nonce absent et qui ne devait pas revenir, et n'ayant point de rang et de litre dans une ambassade non encore constituée, continua naturellement les fonctions de chargé d'affaires qui lui avaient été confiées, et nous allons le voir pendant plus de six mois remplir la place d'un véritable ministre du Saint-Siège, en Lombardie, en attendant un nouveau nonce, auprès de l'ancien gouverneur et capitaine général espagnol, Gonzalès de Cordova, qui lui-même attendait son successeur.
Gonzalès n'ayant plus de pouvoir ni pour la paix ni pour la guerre, et se bornant à suffire aux affaires courantes, Mazarin n'avait guère auprès de lui que le rôle d'un observateur intell i-