‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 42 sur 282 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

gent : il le remplit à merveille. Il s'était appliqua à gagner sa confiance et celle de ses principaux officiers, et en vivant familièrement avec eux d'une façon à moitié diplomatique, à moitié militaire, il ne tarda pas à reconnaître les symptômes toujours croissants du nouvel orage qui s'amassait sur l'Italie.

Sans être un grand homme de guerre", Gonzalès de Cordova était un excellent officier qui avait très-bien servi, quoiqu'il n'eût pas été heureux en ces derniers temps, et il jouissait en Espagne et en Europe d'une considérationméritée. Il entretenait une correspondance régulière avec la plupart des ambassadeurs espagnols, et ayant vile apprécié et goûté le caractère et les manières de Mazarin, il ne se fit pas scrupule de lui faire part des nouvelles qu'il recevait de Madrid, de Vienne, de Paris et même de Rome. Mazarin ne manquait pas de mettre à profit ces précieuses communications et de s'en faire honneur auprès de sa cour.

Gonzalès était en général fort modéré. Il avait suivi, il était prêt à suivre encore et à exécuter les ordres de son gouvernement ; mais il déplorait la guerre qui venait de finir et menaçait de recommencer; il entrait dans les vœux et lès efforts pacifiques du saint-père, et ni lui ni les siens ne se cachaient pas pour dire qu'il serait

aisé de s'entendre sans les intrigues et les prétentions du duc de Savoie, dont l'ambition pourrait bien finir par tourner contre elle-même *.

C'était Gonzalès lui-même, il l'avouait, qui, s'appuyant sur la permanente et indissoluble alliance des deux branches de la maison d'Autriche, avait, avant le traité de Suse, demandé du secours à l'Empereur contre les rapides succès des Français; mais il assurait avoir ensuite plus d'une fois contremandé ce secours, en vovant le roi de France, fidèle à sa parole, repasser les

* Ce jugement porté sur le duc de Savoie par un homme qui le devait bien connaître, mérite d'être relevé et cité textuellement. Rome, bibliothèque Barberine, manuscrits de Mazarin, dépêche de Mazarin à J. F. Sacchetti, 22 mai 1629 : « L'esecuzione délia pace, dice Sua Eccellenza (Gonzalès), potrebbe esser ritardata dagli interessi del Duca di Savoia circa la restitutione di Alba e Moncalvo, per non esser anco seguito Taggiustamento col Duca di Mantova circa le terre che se li devono assignare pér li 15 mil scudi d'entrata, non volendo questa Altezza darli Villânova, Fontanella et alcunealtre quali vorrebbe in ogni modo il Duca di Savoia. Questo particolare Sua Eccellenza m'ha detto con sentimento mostrando dobitare di quelle sii per fare Savoia... Circa questo punto discorrendo meco don Ferdinand o di Guevara, che questa mattina è statto in consiglio nVha detto : « In somma la pace seguirà se non Timbroglia il Duca di Savoia, il quale si dovrebbe contenue di quello che ha acquistato e non cercar miglior pane che •di grano, perché poi alla fine, mentre s'accordino le due co" rone, bisognerà che habbi patienza, e, quando no, potrebbe perdere più che acquistare. » Queste sono le parole précise. » Disons en passant que cette lettre est la première que nous ayons pu découvrir, où que ce soit, de la main de Mazarin. Elle est signée, Giulio Mazzarini.

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